Colloques de la Revue Belge de l’APRP

Partager sur

Quatrième colloque international de la Revue belge de psychanalyse

L’œuvre littéraire, un espace de jeu pour la psychanalyse ?

Argument

Beaucoup de psychanalystes aiment lire, pas seulement de la psychanalyse, et parfois même, surtout pas de la psychanalyse, ce qui ne fait pas l’affaire des éditeurs spécialisés, ni des revues de psychanalyse.

C’est ce constat qui a amené notre Association pour les Publications et la Recherche Psychanalytiques (APRP), qui depuis 1982 publie la Revue belge de psychanalyse, à ouvrir un autre espace de lecture et d’écriture, numérique et collaboratif comme nous y engage l’air du temps, Psy.Kanal. La RBP, 38 ans en cette année 2020, se retrouve, avec un jeune enfant, sur un même site … Le destin de notre Revue comme de cet enfant est aussi incertain que le nôtre, dans un monde qui doit aujourd’hui trouver les moyens de penser son décontenancement pour se réinventer.

Ce quatrième Colloque est donc « trans » : transgénérationnel, on le voit, transférentiel, comment pourrait-il en être autrement, transhumaniste espérons pas … mais transgenre, oui, entre les genres littéraires et psychanalytiques.

L’espace que nous ouvrons ainsi ne peut espérer se déployer que très partiellement dans l’espace d’un colloque d’une longue matinée. Mais, s’il rencontre l’intérêt d’un nombre de participants, psys, auteurs et lecteurs de toutes les espèces, il pourrait dans les années à venir se développer davantage, dans Psy.Kanal ou dans d’autres dispositifs encore à inventer …

Pierre Bayard, dans Maupassant juste avant Freud (Les Editions de Minuit, 1994) trace les grandes lignes d’un projet, nécessairement inabouti, d’une « application de la littérature à la psychanalyse ». Chez Maupassant, c’est une théorie non explicite de l’Inconscient, antérieure à celle développée par Freud, qu’il tente de faire émerger de l’analyse de l’œuvre. S’appuyant sur l’idée de Freud d’une intuition propre à la création artistique qui permet de donner forme à des « réalités d’une nouvelle sorte » (Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques, 1911), Bayard soutient l’idée que « dans l’écriture littéraire, la théorie n’est pas absente, mais elle se dispose autrement … notamment hors du poids du concept ». L’accès à cette théorie implicite est barré par le fait que « nous sommes tous, compagnons et adversaires, tellement marqués par l’œuvre de Freud qu’il est difficile de penser sans ses concepts et même d’espérer apercevoir d’autres phénomènes que ceux que sa théorie nous a appris à identifier ». Le projet de Bayard d’appliquer la littérature à la psychanalyse est dès lors plus modeste : essayer de « produire du jeu » entre les théories implicites des œuvres littéraires et les théories de la psychanalyse pour qu’une confrontation avec des « possibles exclus » puisse advenir.

Au cours de ce quatrième colloque, nous reprendrons donc cette idée de la littérature comme espace de jeu où des théories implicites présentes dans une œuvre peuvent venir décaler la psychanalyse de concepts qui, à la fois, l’ont constituée, mais, en même temps, peuvent l’enfermer.

Pour cette matinée, Antoine Masson nous fera entendre, dans la première partie de la matinée, certaines résonances entre cliniques adolescentes et œuvres poétiques avec l’appui d’ Hölderlin, Celan, du Bouchet, Jean-Paul Michel, Pessoa.

Après la pause, un dialogue entre l’écrivain belge François Emmanuel et notre collègue Blandine Faoro-Kreit s’attachera au champ dessiné par les figures de femmes blessées rencontrées au fil de quatre de ses livres, Le vent dans la maison, Enlacement, La leçon de chant, Anna et les ombres.

La discussion avec les participants sera ponctuée par les associations de trois discutantes, l’écrivaine Ariane Lefort et nos collègues Marie-Pierre Chaumont et Isabelle Lafarge, qui interviendront librement à partir de la salle.