Les psychothérapies conjointes des relations précoces

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Les psychothérapies psychanalytiques des relations précoces parents-enfants font partie des  dispositifs psychanalytiques reconnus, aujourd’hui, comme une approche thérapeutique préventive et curative essentielle dans le cadre de la petite enfance. Cette pratique recoupe en partie celle des thérapies psychanalytiques classiques. On peut parler de psychothérapie de la relation, ou des liens parents-bébé ou encore de psychothérapie conjointe. Nous souhaitons particulièrement développer, en quelques mots, le sujet des thérapies conjointes qui concernent les premiers mois de vie du bébé, alors que se construisent les premiers liens parents-bébé.

Un des premiers en France à développer la place de ces modes d’approche a été Serge Lebovici en collaboration avec Michel Soulé (1970).

« Dynamique des thérapies psychanalytiques de la relation précoce parents-enfant », pp 43-56, Revue Belge de Psychanalyse n°22, Bruxelles)

En Belgique, Annette Watillon-Naveau a été une pionnière de ce type de traitement psychothérapeutique.

Les indications de psychothérapie conjointe sont nombreuses et il est important qu’elles puissent être posées pour tenter de prévenir le mieux possible les troubles du développement de l’enfant ainsi que les risques d’installation de cercles vicieux relationnels entre les parents et l’enfant.

 

Le plus souvent, les parents consultent pour des symptômes (troubles fonctionnels) présentés par leur bébé. Celui-ci exprime, à sa façon, un mal-être et les parents arrivent, dans nos consultations, démunis, dépassés, excédés, et fragilisés dans leurs compétences parentales.

Interactions précoces, un espace de récit à double sens

Article de Claire De Vriendt-Goldman et Christine Frisch-Desmarez: Le contre-transfert, outil thérapeutique fondamental des psychothérapies conjointes parents-bébé », avec Claire De Vriendt-Goldman, in Revue Belge de Psychanalyse, 2010, n°57, pp83-109

Cette clinique touche à la constitution des premiers liens entre un enfant et ses parents mais elle réveille par la même occasion la façon dont ceux-ci se sont tissés en chaque parent (De Vriendt-Goldman, Frisch-Desmarez, 2010). Les angoisses primitives du bébé, ses mécanismes pour y faire face, ses débordements et ses états de détresse, vont entrer en écho avec ces mêmes angoisses chez les parents et avec la façon dont elles ont été reçues, apaisées ou amplifiées, élaborées suffisamment ou non, au cours de leurs propres développements psychiques.

Les cliniciens de la toute petite enfance font l’expérience que la palette des émotions des parents, liées à leurs propres confrontations à l’impuissance, la perte, la séparation, la maîtrise, la séduction, l’union, l’excitation, etc, est réactivée par l’arrivée du bébé, et ceci parfois de manière très brutale. Ces émotions sont, de ce fait, plus ou moins inconsciemment, actives dans l’évolution psychique de l’enfant.

L’analyste est, à la fois, à l’écoute des propos des différents membres de la famille et attentif aux interactions spontanées entre les parents et leur tout jeune enfant. Il tente de déployer, de comprendre et de se représenter la problématique psychique des parents et du bébé en explorant les fantasmes, conscients et inconscients, qui sous-tendent la symptomatologie apportée par l’enfant, dans l’interaction avec ses parents. Il essaye d’utiliser tout ce que les membres de la famille disent, montrent, font ressentir ou encore font dire ou font agir, comme un matériel associatif qui lui permet de faire des liens entre l’état psycho-affectif du bébé/jeune enfant et les interactions qui se sont nouées entre lui et ses parents et, l’histoire personnelle de chacun, les modes relationnels qui se sont installés au sein du couple et l’histoire transgénérationnelle qui précède chacun des parents.

Le travail se tisse au fil de « l’association libre » et l’analyste se met dans un « état de disponibilité psychique bienveillante » vis-à-vis des patients et aussi vis-à-vis de ce qui s’active et se produit psychiquement en lui, notamment par rapport à ce qui provient de son propre inconscient.

Les psychothérapies conjointes de la relation précoce nous font rencontrer d’une part des parents débordés, angoissés, blessés, déprimés, confrontés aux difficultés de l’accès à la parentalité, en écho avec leurs histoires personnelles et à la façon dont chacun d’eux s’est construit sur le plan psychique depuis sa petite enfance, et d’autre part un tout jeune enfant désorganisé.

Très souvent, les parents se sentent disqualifiés dans leur fonction parentale quand leur enfant ne va pas bien. Il est important que le psychanalyste soit attentif à ne pas se laisser piéger par ce sentiment de disqualification en expliquant aux parents ce qu’ils doivent faire ou en leur donnant des conseils pour « être de bons parents » et que grâce à son écoute bienveillante, sa fonction de réceptacle de leur souffrance et ses interventions respectueuses, il puisse amener les parents à trouver leurs propres « solutions » en adéquation avec les besoins de leur enfant. Cette « requalification » des parents diminue leur sentiment de dévalorisation et leur permet aussi souvent de mieux différencier les sources de leurs angoisses.

Nous pensons que les fonctions analytiques telles que l’attention flottante, l’écoute suspendue, l’association libre, la réceptivité bienveillante, le déchiffrage de la dynamique transféro-contre-transférentielle et le choix des interprétations qui en découle, sont essentielles pour le travail de transformation psychique qui s’opère au sein des psychothérapies conjointes des relations précoces.


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