Le psychodrame psychanalytique

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Le psychodrame psychanalytique est une approche qui, par sa « dramatisation » (en grec, drama, fait référence au théâtre), son utilisation du jeu d’improvisation, sa mise en mouvement du corps permet l’élucidation et le traitement de certains processus psychiques, difficilement accessibles autrement.
Le psychodrame psychanalytique est conçu comme un aménagement du cadre analytique. Comme dans la cure, les implications affectives, relationnelles et transférentielles avec les psychodramatistes sont au centre de l’attention, afin de mieux comprendre les répétitions et les nœuds conflictuels inconscients du patient. Néanmoins, le dispositif et les outils de figuration et d’expression des conflits internes et relationnels du patient lors d’une séance sont éloignés des échanges strictement verbaux et statiques d’une séance de psychanalyse.

Comment se pratique le psychodrame ?

Quel que soit « sa variante », il alterne des moments d’échanges verbaux et des séquences où se « jouent » des scènes improvisées. Aussi, la salle est-elle partagée en un « espace de parole » et un « espace de jeu ». Le modèle est celui des thérapies analytiques, en ce qui concerne la régularité ( hebdomadaire ou mensuelle), le payement, la confidentialité, l’éthique etc.
Dans un « jeu psychodramatique », on improvise à partir d’un scénario qui campe succinctement une situation et les différents personnages à mettre en scène (parfois des objets, un animal, un sentiment…). Quand on joue, on parle et bouge, on esquisse des gestes, on interagit avec les autres personnages. L’essence du psychodrame est de rester dans le registre de la représentation, du « faire –semblant », donc en faisant « comme si ». Il ne s’agit pas de théâtre, mais d’improvisation. C’est souvent le contraste entre ce à quoi on s’attendait de jouer et ce qui va effectivement se dire, se jouer, qui donne sens et intérêt à cette approche.

Selon le modèle, les psychodramatistes peuvent intervenir dans les scènes de leur propre initiative ou à la demande du/des patient(s).
Par la mise en jeu du corps, de l’imaginaire et du « faire-semblant », et par la présence des psychodramatistes, cette approche favorise chez le patient une meilleure répartition de la charge affective et des mouvements internes. La liaison entre les mots, le corps et le jeu peut amener au(x) sujet(s) de nouvelles traces durables.
Le jeu psychodramatique ouvre ainsi un accès aux perceptions, fantasmes, sensations, associations qui jusque-là n’arrivaient pas à se dire ou à se ressentir. Dans l’espace de jeu, le patient peut reconnaître chez les autres personnages des figurations possibles de son propre monde psychique, jusque-là inaccessibles. L’immobilisation psychique que vit le patient va pouvoir se relâcher peu à peu grâce à la mobilisation et au plaisir du jeu improvisé, au sein d’un cadre rassurant et fiable.

Les différentes pratiques du psychodrame psychanalytique

Deux types de pratiques se distinguent, selon qu’elles proposent aux patients un dispositif groupal (psychodrame « de groupe ») ou un dispositif individuel (psychodrame « individuel »).


L’appellation « individuel » ou « groupal » est fonction du nombre de patients (un plusieurs), du mode d’intervention des analystes (centrés soit sur un patient, soit sur l’ensemble du groupe des patients), du type de scénario de psychodrame joué (proposé par un patient ou élaboré par l’ensemble du groupe).
La durée d’un traitement s’étend de quelques mois à plusieurs années. En général, lorsqu’il s’agit d’un psychodrame individuel, les séances hebdomadaires durent ½ heure alors qu’elles sont d’1h15 dans le dispositif groupal. Certains psychodrames de groupe peuvent aussi se dérouler sur 4 ou 5 jours à raison de 4 séances par jour.

Quelles sont les indications du psychodrame ?

Elles sont nombreuses et concernent des enfants, adolescents ou adultes. Soit comme une alternative à une thérapie ou à une analyse « classique », mais le plus souvent en articulation avec une prise en charge individuelle. Ce double cadre permet que soient reprises avec le thérapeute individuel les impressions, vécus, associations qu’ont suscitées chez le patient les scènes de psychodrame auxquelles il a participé.

Ce n’est pas en raison d’une pathologie que l’on proposera le psychodrame mais plutôt en raison de difficultés à symboliser, rêver, mettre en mots les vécus et conflits internes du patient. Il peut s’agir de patients confrontés à des vécus de vide, de confusion; ou qui se plaignent de n’avoir ni souvenirs, ni rêve, de n’avoir jamais su jouer, fantasmer. Certains souffrent de blocages, se sentent aliénés. Des somatisations, des passages à l’acte, des dépressions ou inhibitions émaillent leur vie. Souvent, ces difficultés sont liées à des sentiments de détresse, à des pulsions agressives incontrôlables voire dangereuses pour le sujet comme pour autrui.
Quand un patient est figé par de tels systèmes défensifs et si l’intensité des angoisses ou la crudité des fantasmes inconscients rend la relation thérapeutique en tête à tête trop inquiétante, le psychodrame est alors une approche fort intéressante.
Enfin, il est particulièrement adapté aux problématiques adolescentes, aux modes d’expression (l’agir, le groupe, l’extériorisation des conflits) de ceux-ci en menace de rupture, dans une impasse ou en urgence dans leur quête identitaire.

Bibliographie

Bayle G. (2005), Où va le psychodrame analytique?, Le Carnet Psy N° 102, 2005/7.

Kestemberg E., Jeammet P. (1987), Le psychodrame psychanalytique. Coll. Que sais-je?, Paris, PUF.

Kaës R. (2006), En quoi consiste le travail psychanalytique en situation de groupe. Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, N°46, 2006/1, Érès.

Le psychodrame psychanalytique de groupe. Sous la direction de Kaës R. Coll. Inconscient et Culture, mai 2003, Dunod.


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