Freud est-il mort ?

Libres opinions

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Que ce soit à la suite des cent ans de la naissance de la psychanalyse ou de la commémoration de la mort de Freud ou, plus récemment encore, de la levée des droits d’auteur sur son oeuvre, les médias ne manquent pas de signifier avec mesure ou passion l’intérêt et la portée de ses découvertes.

Il y a un avant Freud et un après. En effet, il ne se passe pas un jour sans que référence soit faite au cours d’une émission télévisée, d’un film, d’une pièce de théâtre, d’un roman…aux processus psychiques, aux lois de l’Inconscient pour les décrier ou au contraire les exemplifier. Oui, les théories freudiennes font désormais partie intrinsèque de notre culture, baignent notre quotidien à notre corps défendant. J’en ai pour preuve le titre d’un chapitre du dernier livre (Saveur du temps) du célèbre académicien Jean d’Ormesson, reprenant sans autre forme le titre d’un écrit de Freud « Malaise dans la culture » suffisamment connu que pour n’être plus cité !

Comment expliquer d’un côté cette consécration de l’œuvre de Freud qui, rappelons le, inspire à partir d’un cadre de pensée cohérent la plupart des modèles psychothérapeutiques actuels ? Et d’autre part, comprendre un scepticisme frisant l’ignorance et une critique souvent sans retenue de ses propos, de sa démarche parfois grossièrement pervertis pour les besoins de la démonstration, visant non seulement à déconstruire son système de pensée mais encore à dénigrer l’homme de science rigoureux qu’il était.

A vrai dire, l’ampleur des découvertes dépasse l’homme et son œuvre : Freud, homme de science, s’il reste une pierre angulaire pour les professionnels informés s’est également, malgré lui, élevé au rang de mythe. L’homme de raison s’efface dans ce contexte devant l’imaginaire collectif, devant le pouvoir de représentations idéalisées, emplies d’espoir au risque de désillusions et de rancœur.

La psychanalyse transformée par le mythe n’appartient plus au domaine scientifique, elle n’en est plus qu’un vague analogon.

Malheureusement beaucoup de gloses à propos des écrits freudiens sont un exemple patent de cette dérive.

La rançon de la gloire serait-elle, ironie du sort, le meurtre du père pour faire place au totem et au tabou ?

Bibliographie

S. Freud 1911 « Totem et Tabou » Oeuvres complètes de Psychanalyse PUF, 1994

S. Freud 1930 « Malaise dans la culture » Oeuvres complètes de Psychanalyse PUF, 1994

J. d’Ormesson « Saveur du temps » Editions Héloïse d’Ormesson, 2009

Jeannine Delgouffre

Psychanalyste Membre de l’APPPSY( Association des Psychologues Psychothérapeutes d’orientation psychanalytique) Membre de la Société Belge de Psychanalyse Membre de l’IPA (International Psychoanalytical Association)

20/03/2010


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