Notes de lecture

Vaneck, Léon

1992-10-01

Notes de lecture

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Nous connaissons tous les travaux de Maurice Berger sur le travail avec les familles : "entretiens familiaux et champ transitionnel" et "pratique des entretiens familiaux" parus aux PUF il y a quelques années. Je renvoie le lecteur à la note de lecture de Danielle Flagey parue dans le n° 11 de cette même revue.

L'ouvrage actuel nous montre certains aspects de Maurice Berger clinicien, par rapport à des troubles psychopathologiques et familiaux des plus problématiques. Ses réflexions portent donc essentiellement sur les difficultés à penser la séparation parent-enfant mais aussi aux conséquences des séparations trop tardives. Il est très clair d'entrée de jeu que Maurice Berger à travers son cheminement personnel pose et la limite des entretiens familiaux et les grandes perplexités des cliniciens "tout venant" par rapport à des tableaux cliniques très pathologiques.

Le premier chapitre est consacré au cheminement personnel de Maurice Berger à l'égard notamment des entretiens familiaux et des difficultés à penser la séparation parent-enfant ; il pose aussi la question de la gestion des situations de séparations.

Dans le deuxième chapitre, à travers l'analyse de trois situations judiciaires assez catastrophiques l'auteur dénonce l'évitement de la séparation parents-enfant par les différents intervenants dans la sphère aux limites de la psychopathologie du social et de la justice.

Dans le chapitre suivant Maurice Berger pose clairement la question centrale : "Pourquoi est-il si difficile de penser la séparation ?". Il tente d'y répondre à travers plusieurs pistes de réflexion ; j'ai surtout retenu toute la question de l'idéologie du lien. Un lien n'existe pas en soi explique-t-il mais l'idéologie du lien existe néanmoins chaque fois qu'un intervenant peut penser le lien mais non la séparation ; le principal problème de l'idéologie du lien, poursuit-il, est qu'elle empêche de penser une substitution valable.

D'autres voies de réflexion abordent le sacrifice de l'identification à l'enfant au profit de l'identification aux parents, le problème de la paternité : violence et possession, le statut de l'enfant.

Le dernier chapitre aborde les conséquences des séparations trop tardives ; Maurice Berger pour ce faire rappelle les grandes lois du développement psychique et quelques exemples cliniques illustratifs nous permettant de comprendre la grande perplexité de l'auteur ainsi que le titre de son ouvrage : "Les séparations à but thérapeutique".

Si le lecteur est bien imprégné des travaux de Maurice Berger avec les familles, le contenu de ce récent travail lui sera d'autant plus évocateur. En effet, si Maurice Berger plaide en faveur d'une réflexion sur l'utilité de certaines séparations et de la composante thérapeutique de ces séparations, il ne peut certainement pas être accusé de ne pas avoir réfléchi et élaboré toute une stratégie de travail avec les familles. Sa réflexion à travers ce dernier voyage n'en est que plus pertinente ; je suis convaincu qu'elle intéressera tous les praticiens de la psychopathologie de l'enfant, de ses aspects sociaux et de ses éventuelles implications judiciaires.