Au-delà du confinement, plaidoyer pour une certaine lacune

Jean-Paul Matot

01/06/2020

Édito

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Le confinement, aujourd’hui tant vanté, vient de confins, « emprunté (v. 1308) au latin confinium, substantif… [qui] …signifiait une « limite commune à des champs, à des territoires », d’où, par métonymie, « voisinage » et, au figuré, « état intermédiaire ». Le mot désigne proprement une partie de terres situées à l’extrémité, à la frontière : il a pris par extension le sens de « bout, espace éloigné » et a repris au latin le sens figuré de « passage intermédiaire entre deux situations » et de « point extrême » (XVIIe s.)… Confiner, d’abord écrit confinner au sens ancien d’ »enfermer » (v.1225-1230), réalise l’idée voisine de « forcer (qqn) à rester dans un espace limité » (1447)… La forme pronominale « se confiner », d’abord employée pour « être proche par la parenté » (1466), correspond ensuite à « se limiter à un espace restreint » avec des emplois figurés … Confinement … est devenu le nom d’action de confiner. Il participe surtout de l’idée d’ « enfermement », d’abord dans le contexte pénal de l’emprisonnement (1579), puis dans celui de l’isolement d’un captif (XIXe s.). De nos jours, il indique surtout le fait d’enfermer et d’être enfermé dans certaines limites, concrètes ou, surtout, abstraites » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française).

L’étymologie, comme souvent, nous permet de penser ce que recouvre l’usage des mots, et leur lien avec les évolutions des sociétés. Nous voyons ainsi le groupe sémantique des « confins » passer d’une limite commune entre des espaces voisins, à l’enfermement contraint. L’idée d’un intermédiaire entre des espaces distincts permettant les passages bien tempérés, se transforme en carcan rigide imposant l’isolement et la fermeture. Les mesures visant à contenir la pandémie de Covid-19 entrent ainsi étrangement en résonance avec les réflexes xénophobes et nationalistes qui menacent les valeurs démocratiques et les droits humains. Nous sommes aujourd’hui confrontés à la difficulté de penser l’avènement d’une autre manière pour Sapiens d’habiter la Terre, de passer des défenses par le confinement – au sens d’un « entre soi » où l’étranger est vécu comme dangereux – à la restauration de l’accueil, c’est-à-dire à une pensée des confins, où l’ouverture implique un travail des limites. Penser les confins, c’est en effet poser des limites à l’expansion destructrice de l’humain, c’est se dégager de l’emprise suicidaire d’une croissance consumériste délétère, c’est donc penser la désaturation des espaces de l’humain et le ralentissement de sa temporalité.

La psychanalyse n’est pas la plus mal armée pour cela. À condition toutefois que la subversion de la pensée, du langage et des actes de Sapiens par le « sexuel » – c’est-à-dire par l’omniprésence, du fait de la néoténie humaine, du rapport à autrui dans les avatars de la réalisation de soi – qui a profondément marqué la pensée occidentale au XXe siècle, n’empêche pas la psychanalyse d’investir aujourd’hui la subversion du rapport de Sapiens à ses confins.

C’est ici qu’intervient la pensée de la lacune. Lacune, « emprunté (1515) au latin lacuna « citerne » et « fosse, bassin », mot poétique passé dans la langue commune pour désigner un creux, une cavité et, au figuré, un vide… Le mot a été introduit avec son sens propre de « petit espace vide » en anatomie… Le sens abstrait d’ »interruption involontaire et fâcheuse dans un texte, un enchaînement de faits ou d’idées » (av.1616), est devenue le plus courant des deux » (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française).

Le fantasme omnipotent et destructeur de Sapiens, c’est précisément l’éviction de la lacune. Certes, le concept de manque est depuis longtemps central dans les théories psychanalytiques, qui ont souligné sa fonction essentielle dans le développement de la pensée. Celui de lacune me semble complémentaire, dans la mesure où il met l’accent, non sur le manque de quelqu’un ou de quelque chose, mais sur le vide lui-même. Le manque peut bien sûr se présenter comme sentiment de vide, mais l’angoisse du vide est à mon avis d’une autre nature ; elle est vertige d’une fin, non pas de soi, mais de la possibilité de penser, de représenter. « La nature a horreur du vide », dit le proverbe, mais je pense que la nature dont il est question est surtout la nature humaine, c’est-à-dire la pensée de l’inconnu. Le vide doit être contrôlé, ainsi les explorateurs n’ont-ils eu de cesse, alliés aux cartographes, de remplir les vides des cartes géographiques (la « mappa » des mappemondes désignant, en latin classique, une serviette de table puis une nappe … : dessiner des cartes en se remplissant l’estomac, quel beau fantasme orographique de satisfaction de la maîtrise !), tandis que le taoïsme a eu la sagesse de placer le vide central au coeur de l’être plutôt qu’à ses confins. Dedans ou dehors, le vide invite à son appropriation par la pensée, davantage qu’à son comblement. La lacune est un vide circonscrit. Elle n’est pas souhaitée, mais peut être tolérée. La psychanalyse a autant besoin de la lacune que du manque : l’association libre, qui est au coeur de sa technique, ne survient que grâce à une « interruption involontaire » préalable dans « l’enchaînement des idées ». D’autre part, la lacune est constitutive du confins, en ce sens qu’elle signale une limite, une césure dirait Bion, au-delà de laquelle s’ouvre le champ du voisin, de l’étranger, voire du « hors-là ». Mais donc aussi, le champ de l’étranger en soi, ainsi que, dans une perspective polytopique, la pluralité des espaces mentaux constitutive de notre psychisme.

C’est le sens de l’emprunt, dans le titre de l’éditorial de ce numéro consacré à l’oeuvre de Joyce McDougall, à celui du livre qui a « lancé » la notoriété de cette auteure originale et joyeuse : Plaidoyer pour une certaine anormalité. On pouvait lire, en quatrième de couverture de cet ouvrage, que « s’il est rare d’entendre des psychanalystes plaider pour une certaine anormalité, c’est qu’il est rare aussi d’en rencontrer qui consentent à mettre en question, au-delà même de leur savoir et de leur méthode, leur identité d’analyste. Or, c’est aux « cas » qui ébranlent celle-ci que s’intéresse plus particulièrement Joyce McDougall : les patients qui, pour être différents du « bon névrosé classique », sont trop rapidement étiquetés comme caractériels, pervers, narcissiques, psychosomatiques. En fait, pour peu qu’on sache aller au-devant de leur souffrance, ils portent l’analyste aux limites de l’analysable, du représentable, du narrable ».

Cet intérêt pour les limites a-t-il quelque lien avec son statut d’émigrante ? La nécessité d’une remise en question, par l’analyste, de son identité de psychanalyste – et pourquoi pas de son identité tout court ? –, mais aussi des limites de la psychanalyse n’est-elle pas particulièrement actuelle ? Dans le dernier chapitre de son dernier livre, Éros aux mille et un visages, intitulé Au-delà des sectes psychanalytiques : en quête d’un nouveau paradigme, McDougall note que « parfois nous révérons avec une ferveur quasi religieuse les têtes pensantes de nos écoles analytiques et ne les remettons pas en question. Les concepts et les découvertes sont considérés comme des professions de foi plutôt que comme des théories scientifiques et les maîtres sont élevés au rang de prêtres et de prophètes… La sacralisation des concepts et le culte (ou le dénigrement) que l’on voue à leurs auteurs m’apparaissent comme des séquelles de liens transférentiels non résolus. Les adhérents deviennent alors des « disciples » qui ne remettent plus en question leurs modèles théoriques et ne poursuivent plus leurs recherches personnelles. Le dévouement inconditionnel de ces disciples à leur école de pensée analytique peut devenir un obstacle qui les empêche d’ »entendre » leurs patients et de chercher plus loin si ces derniers ne rentrent pas dans leur cadre théorique » (McDougall, 1996, pp. 289- 290).

Je proposerais volontiers l’idée que certaines impasses de la psychanalyse se situent dans l’intolérance à ses lacunes. Car la lacune, les lacunes, viennent signaler que toute théorie, toute pensée, est inévitablement lacunaire, et que cette qualité est vitale. Peut-être faut-il entendre dans ce sens la recommandation de Bion, dans L’attention et l’interprétation (1970), de s’abstraire des expériences sensorielles afin de laisser émerger en soi « l’inconnu, l’inconnaissable, l’ »infini informe »… signifié par O » (p. 69) « en suspendant souvenirs, désirs, compréhension » (p. 90), mouvement qui suscite des défenses « pour empêcher l’apparition d’un vide inconnu » (p. 99).

Dans la question des addictions, un des domaines de réflexion privilégiés de McDougall, ne peut-on déceler, derrière la figure habituelle, « en positif », du manque, celle, « en négatif », de la lacune ? Les objets addictifs, « objets de transition » comme les appelle McDougall pour indiquer l’interruption du mouvement vers un fonctionnement transitionnel, n’ont-ils pas pour fonction de ramener infiniment mais sûrement le sujet au sein de l’espace confiné d’une impossible satisfaction dans le rapport à autrui ? « L’addiction, esclavage comme évasion », comme l’écrit joliment Blandine Faoro-Kreit, fonctionne alors comme un leurre : la porte magique n’ouvre sur rien d’autre qu’un passé qui ne peut se constituer comme tel, un « impassé » selon le néologisme proposé par D. Scarfone (2014)1. Aux confins, ici, pas la moindre lacune, seulement un automatisme de répétition qui barre l’accès aux champs psychiques voisins, étrangers, où pourraient s’actualiser des processus de transformation de ce « transfert fondamental, transfert originel qui cherche à annuler la différence entre l’être et l’Autre, tout en craignant parallèlement une fusion mortifère ». Le cas de Thomas, discuté par Diana Messina, met bien en évidence l’« atmosphère morne, répétitive, où régnait la rigidité, la contrainte, la répétition des mêmes thèmes ressassés et par un gel des affects ». La dimension processuelle est absente, « l’immobilisme » prévaut, jusqu’à ce que des rêves, prenant vraisemblablement forme par la « fonction lacunaire » de rêverie maternelle de l’analyste, ouvrent la question – d’abord catastrophique – des confins : « un pont qui s’écroule, une chute sans fin », la disparition de la sensation – fût-elle douloureuse – ultime témoin de l’existence d’un sujet. Il est intéressant à cet égard de relever que l’interruption de l’analyse, pendant quelques mois, puis sa reprise, permet certes d’expérimenter, dans le champ objectal, la survie de l’analyste, mais constitue aussi, dans celui du narcissisme, une lacune qui ouvre sur une temporalité historique et sur la constitution d’une continuité du sentiment d’exister : « Thomas prend conscience du temps, du passage ». Ce double mouvement rend accessible cet « espace nouveau… où le Je de l’analyste et le Je de l’analysant puissent se rencontrer » (Faoro-Kreit).

Les nouvelles problématiques du genre, abordées dans les articles de Trui Missine et d’Anouk Meurrens dans la contimuité des travaux de McDougall sur les figures d’Éros, posent la question de savoir comment une société envisage le masculin et le féminin. S’agit-il de deux champs voisins, séparés par une césure nette, ou d’un continuum au sein d’un même champ ? S’agit-il d’une composition non euclidienne, « forme pour la non-forme de soi-même » tel l’icosaêdre d’un des patients de Trui Missine, où un ensemble de paramètres identitaires déterminent des espaces partiellement intriqués, mais qui continuent à être analysés dans les termes d’une opposition masculin/féminin inadéquate pour en rendre compte ? Et, parmi ces options, quels sont les axes privilégiés par la psychanalyse ? Un des aspects souvent mis en avant est celui de la transformation de l’omnipotence qu’implique la reconnaissance de la différence des sexes et des générations. Mais les psychanalystes n’ont-ils pas à accepter la lacune de cette vision, comme ils l’ont fait, bon gré mal gré, pour les homosexualités ? La transformation de l’omnipotence n’est pas un processus homogène, elle prend des chemins divers selon les domaines de la psyché où elle opère : pourquoi des interventions sur les organes génitaux et reproducteurs, qui sont pratiquées depuis des décennies sans poser de grandes questions, traduiraient-elles nécessairement davantage d’omnipotence lorsqu’elles ont pour objet de modifier l’apparence de genre plutôt que l’apparence du genre ? La démarche de McDougall, abordant les néo-sexualités sans se laisser confiner dans la catégorie de la perversion, ouvre ces questions sans considérer comme absolument nécessaire d’y répondre. La création de lacunes est sans doute essentielle pour la vitalité des théories… Le style non saturé d’Anouk Meurrens dans la relation du « cas » de Sidonie et Silver en donne une belle illustration clinique.

Dans le domaine des fonctionnements psychosomatiques, Arlette Lecoq souligne, à la suite de McDougall, que l’enjeu de l’analyse n’est pas tant de « libérer les fantasmes de ces patients mais plutôt de les construire ». Mais ne faut-il pas, en deçà, que se constitue d’abord un lieu où cette construction puisse prendre place : espace lacunaire apparaissant dans le réseau psychique, lacune se formant dans l’informe d’une non-différenciation primaire – qu’il faut distinguer de la dé-différenciation comme défense contre la terreur de la différenciation, justement soulignée par A. Lecoq. Le cas de Georgette, repris de McDougall, montre bien l’alternative terrifiante entre la disparition de soi dans l’annexion par la Mère, et l’angoisse de morcellement lorsque se profile la séparation. Ces deux versants de la terreur d’inexister sont contenus de manière paradoxale par l’émergence d’un espace lacunaire. Entre le point de vue économique défendu par le groupe des psychosomaticiens de l’IPSO et le point de vue dynamique défendu par McDougall avec la perspective d’une « hystérie archaïque », le développement d’une perspective « polytopique » permet à mon sens une approche clinique plus juste de ces pathologies.

La sensation de vide est souvent associée à l’absence d’affects. Cette dimension est très présente dans les textes d’A. Lecoq et de M. Hebbrecht, qui en fait le titre de son article. On peut décrire Raymond, le patient de Marc Hebbrecht, comme un homme confiné lorsqu’il entame son analyse : « tomber amoureux signifie pour lui changer de prison ». Plus précisément, à chaque fois qu’il est attiré par une inconnue et qu’une relation se noue, celle-ci est d’emblée passionnelle, puis rapidement le désir s’estompe et disparaît. Raymond ne change donc pas de prison, il bénéficie plutôt de courtes permissions, et regagne ensuite spontanément sa cellule. Le cas de Raymond, comme ceux de Tim et de Jack Horner empruntés à McDougall, amènent l’hypothèse d’une destructivité – notamment anale – dirigée contre les liens et la pensée, c’est-à-dire contre la vitalité, tant de soi-même que d’autrui. La seule solution, pour l’analyste, dit Hebbrecht comme McDougall, c’est la patience. Que ces patients restent sur leur pot aussi longtemps qu’ils le souhaitent, l’ennui est évidemment au rendez-vous et, souvent, seule une odeur nauséabonde vient témoigner d’une évolution processuelle minimale. On pourrait cependant évoquer également dans ces cas le confinage comme issue au confinement : enfermer l’analyste avec soi dans les WC serait une manière de faire l’expérience d’un « voisinement » pouvant se transformer en voisinage, à la condition que l’analyste co-détenu puisse supporter d’être très longtemps réduit à vivre l’imperceptible progression de l’étron transféro-contretransférentiel dans un tractus psychanalytique apathique. On serait là dans un authentique mais éprouvant travail de transformation d’une configuration d’emprise primaire paralysant tout l’univers relationnel d’un sujet.

Le cas de Martine, exposé et discuté par Marianne van Bourgonie, offre une autre figure de l’aliénation dans le lien précoce, celui de la mère abyssale et de l’enfant-bouchon décrite par Joyce McDougall. Ici, l’analyste, un temps prise dans le rose de la chambre d’enfant qui masque l’obscurité maternelle d’une mélancolie ou d’une psychose froide, prend conscience progressivement du théâtre dans lequel elle est appelée à jouer, et arrive à se glisser dans les coulisses, où se déploie une autre configuration : celle de douleurs oesophagiennes pouvant être associées, dès lors qu’elles peuvent être communiquées à l’analyste, à la terreur d’un conflit annonçant l’effondrement maternel, emportant tout avec lui. Le rêve qui surgit alors se situe dans un registre de transformation digestive d’un magma indifférencié, par la division simultanée du contenant et du contenu, malgré la fragilisation qu’elle implique. Il est intéressant de noter, par rapport au concept d’hystérie archaïque de McDougall, que la fragilité des différenciations se retrouve figurée dans les mots du rêve : la bouillie conjoint dehors et dedans – l’aliment proposé au bébé et le bol alimentaire qui se retrouve dans l’estomac – ; le contenant et le contenu sont peu différenciés – douille et bouillie –. Également, le contenant « douille » signale l’agression (la balle qui a été tirée) d’où résulte la bouillie. Cependant, on peut relever également que la symbolisation reste imprégnée par le registre des signifiants formels : « ça soulage », « ça passe », « ça lâche ». Le dédoublement du contenant apparaît néanmoins comme le premier « soulagement » – sur un mode anal – de la douleur et de l’angoisse (la mélasse), annonçant la possibilité d’émergence d’un nouvel espace psychique – d’une lacune – contenant au sein du champ analytique.

L’article de Marie-Pierre Chaumont et Isabelle Lafarge abordant la création littéraire propose une excursion stimulante dans les mondes de plusieurs écrivain(e)s qui les accompagnent dans leur réflexion psychanalytique. Celle-ci reprend sous un autre angle le débat sur la place d’un « présexuel non sexuel », en confrontant les perspectives « sexuelles » de McDougall et celles de Michel de M’Uzan, pour qui l’acte créateur engage à sa source un mouvement de dépersonnalisation : il y voit, écrivent les auteures, « un désordre identitaire non pulsionnel, de nature économique d’une gravité extrême, une faille indispensable, qui va contraindre le sujet à se représenter pour survivre ». Peut-être ce débat signale-t-il deux versants de la création artistique, celui qui se situe comme formation de compromis dans des conflictualités restant suffisamment ouvertes – la position de McDougall –, et celui qui se situe aux confins des configurations psychiques existantes, où s’impose la figure de la lacune, passage indispensable par l’informe pour tenter de sortir de la saturation de conflictualités entièrement soumises à une compulsion de répétition mortifère, et ouvrir un nouvel espace de différenciation dedans/dehors. Cette deuxième figure, cependant, situe alors la création comme pari d’existence face au risque d’une chute dans le néant. Last but not least, ce numéro se clôture sur le premier ouvrage de McDougall, où elle relate sa seule expérience d’analyse d’enfant, les Dialogues avec Sammy. Françoise Labbé retrace d’abord les péripéties des éditions et traductions de ce livre, derrière lesquelles se confrontent Serge Lebovici et D.W. Winnicott. La cure de Sammy, qui présente un tableau qualifié de psychose post-autistique, dure 10 mois. Par la suite, McDougall prendra la mère de Sammy en analyse pendant un an. Quelques dessins de Sammy, précédemment publiés dans l’ouvrage paru aux Presses Universitaires de France, illustrent de manière très touchante l’intensité de la relation de l’enfant avec son analyste, dans un dispositif de cinq séances par semaine, dont la vitalité et la profondeur sont très bien restituées dans le texte de Labbé. La chute de l’article vient nous rappeler très à propos qu’entre le confinement théorique – qui n’épargne pas les psychanalystes – et la haine meurtrière que réveillent certains visages d’Eros, une pensée libre ne va pas de soi. C’est ce qui nous rend précieuse celle de Joyce McDougall.

 

Scarfone, D. (2014). « L’impassé, actualité de l’inconscient », Revue française de psychanalyse, vol. 78(5), 1357-1428. doi:10.3917/rfp.785.1357.