21/03/2018: Les remaniements identificatoires à l’adolescence

Séminaire tenu par Marie Pierre Chaumont et Muriel Rozenberg le 21/03/2018

2017/2018 - Les identifications et leurs destins Séminaires du mercredi

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Pour rappel,

L’identification est la première forme de relation à l’objet (identification primaire), mais elle est aussi la voie royale du détachement de la libido de ses objets; elle suit la perte ou le renoncement à l’objet dont “on se dédommage en érigeant l’objet dans le Moi” (Freud). Ce processus va transformer l’énergie sexuelle en libido du Moi: il désexualise et sublime l’énergie sexuelle.

L’identification témoigne donc de la trace de l’autre en soi; c’est ainsi que notre identité s’articule avec l’altérité: devenir soi ne peut se faire que par le détour de l’autre. Comme l’écrit G. Lavallée, “Mon moi ne se connait pas lui-même en entier et ne s’appréhende pas en toute conscience. Il est en grande partie inconscient”.

On peut dire aussi “Je est un autre”, car je me construis en appui sur les personnages de mon environnement, auxquels je m’identifie peu ou prou.

Ce vécu est central dans l’expérience d’une certaine inquiétante étrangeté qui habite l’adolescent.

Le processus adolescentaire

Au niveau pulsionnel, la puberté génère un afflux excessif de poussée libidinale. Avec les changements physiologiques se pose la question du choix d’objet: les imagos parentales sont sollicités au niveau fantasmatique avec la crainte de l’inceste désormais possible.

Au niveau narcissique, la puberté est vécue inconsciemment comme une obligation de renoncer au corps sexuel indifférencié de l’enfant ; c’est aussi la perte du fantasme de bisexualité et de l’amour indifférencié avec la mère, ainsi que des investissements aux objets partiels.

Peuvent surgir alors, outre les angoisses liées au conflit oedipien, des angoisses archaïques liées à l’intégrité de soi. Winnicott dit “grandir est par nature un acte agressif. Si dans le fantasme de la première croissance il y a la mort, dans l’adolescence il y a le meurtre”.

Il est donc question d’une destructivité – non pas celle utilisée de manière défensive et pathologique- mais celle qui permet d’expérimenter “la survivance de l’objet” face aux attaques sadiques.

Qu’en est il du corps et de la sexualité à cette période?

Le langage du corps est une manière de donner une certaine visibilité à l’affect ; la souffrance corporelle chez l’adolescent, à un niveau plus pathologique, pourra se traduire par des comportements comme l’exhibition, les scarifications, ou les tentatives de suicide.

La sexualité génitale qui surgit va devoir prendre la place de la sexualité infantile où l’autoérotisme accompagné du sentiment d’omnipotence régnait. La pulsion sexuelle va progressivement trouver son but par la capacité de fécondation et le modèle du principe de plaisir.

Mais la complémentarité anatomique n’est pas d’office suivie par la psyché, de même que la capacité de se définir comme masculin ou féminin; à coté du sexuel pubertaire génital, existerait un sexuel non génital constitué des traces mnésiques infantiles, de points de fixations et de mouvements régressifs.

Le surgissement du sexuel féminin accentue la proximité avec la mère, l’avidité pulsionnelle pouvant alors renvoyer à l’engloutissement dans la mère, objet de terreur et paradis perdu. Pour la future femme, ce sera le travail de symbolisation de l’intérieur du corps et de tout ce qui y entre qui constituera le travail du féminin. On pense dans ce contexte aux problématiques d’anorexie et de boulimie.

Chez le garçon, la possession du pénis permet de se différencier de la mère, comme support symbolique de la différenciation des sexes.

Les adolescents pourront alors espérer élaborer leur identité génitale et trouver un objet adéquat suffisamment en accord avec leurs images internes, mais suffisamment dégagé des interdits incestueux.

Qui dit maturité sexuelle dit identité de genre; le problème de l’adolescence est donc comment “être” homme ou femme en son inconscient, tout en faisant le choix d’un sexe déterminé dans les relations actuelles.

Sachant que toutes les problématiques se mélangent, il n’est pas étonnant de retrouver des investissements homosexuels dans le cadre d’une fluidité pulsionnelle normale à cette période. Ce sera par identifications successives, investissements divers, rencontres, que se construira un destin sexuel unique, propre à chaque individu.

La dimension intersubjective est elle aussi fondamentale; comme aux premiers temps de la relation mère-enfant, la confusion identité-identification réapparaît à l’adolescence. Dans ce cadre, l’impact psychique du social et du culturel va déterminer l’intrapsychiqiue.

En analysant plus particulièrement les nouveaux outils de communication tels que snapchat, Instagram etc… on peut en saisir différents sens: reconnaissance au sein d’un groupe, ou vision fantasmée et idéalisée de soi et des autres.

Il existe par contre des risques à utiliser ce moyen d’expression: risque d’assujetissement au regard de l’autre, surexposition de l’intimité, évitement de tout contact réel et aussi de temps d’attente, donc de toute élaboration imaginaire.

Métapsychologie de l’adolescence

Pour approcher les lieux de remaniements identificatoires, on peut distinguer les trois instances de la personnalité:

Le moi

Chargé de maintenir un équilibre dans les relations avec le ça, le Surmoi et la réalité, le moi est le lieu du processus de subjectivation, du maintien du sentiment d’identité.

A l’issue du complexe d’Oedipe, le moi va adopter par identification les traits de l’objet perdu, et va ainsi récupérer une partie de l’énergie du ça dont il veut accaparer la libido, formant ainsi le caractère du sujet.

La poussée pubertaire secoue l’équilibre narcissique de la période de latence, ravivant le conflit oedipien, l’angoisse de castration. De nouveaux objets seront investis, devant être à la fois suffisamment proches de l’objet préoedipien et oedipien pour maintenir la permanence de l’identité, et suffisamment distants pour s’extraire de liens jugés trop aliénants ou révolus.

C’est quand l’adolescent désinvestit plus ou moins totalement ses objets d’amour infantiles ou y demeure massivement fixé faute de pouvoir maitriser son ambivalence excessive, que se développeront des phénomènes pathologiques graves.

Le surmoi

Il s’est formé à l’issue de la période oedipienne par identification aux parents en tant qu’autorité s’opposant aux exigences pulsionnelles.

Surmoi paternel et oedipien pour Freud, il existe aussi un Surmoi maternel, instance primitive constituée de l’intériorisation de la loi sadique anale et phallique de la mère préoedipienne et de sa toute puissance protectrice.

Ce dernier devra évoluer en se remodelant selon la loi et les idéaux paternels.

L’obéissance à l’ancien Surmoi oedipien est maintenant vécue comme une séduction de l’objet incestueux. (obéir = séduire = culpabilité).

Il faut donc établir de nouvelles identifications aux parents, vécus alors comme moins répressifs sexuellement, ouvrant sur de nouveaux investissements fondés sur le renforcement du tabou de l’inceste.

L’idéal du moi

L’adolescent devant renoncer à son narcissisme infantile, l’idéal du moi lui permet de progresser vers la maturité, si ce dernier peut lier ses modèles aux exigences du surmoi, préservant ainsi l’équilibre narcissique.

La formation de l’idéal du moi et son Intégration au surmoi exigent la désexualisation du lien au parent du même sexe, l’adolescent assumant ainsi son indépendance par le retrait de la libido homosexuelle.

C’est à cette période qu’apparait l’importance de la dimension groupale des identifications, permettant la liaison de la libido homosexuelle tout en offrant des réassurances à la fois défensives et structurales sur le plan de l’identité.

Toutefois on peut noter que l’identification à un leader ou à des images idéales peut dans certains cas entrainer une fixation dans des impasses aliénantes, notamment lors de l’idéalisation à un parent mort, pouvant amener à des mouvements dépressifs voire mélancoliques.

Identifications sexuelles à l’adolescence

Comme on a pu le voir, les tribulations du choix d’objet sexuel révèlent les incertitudes identitaires propres à cet âge. Les manifestations homosexuelles sont souvent des tentatives de remaniements défensifs permettant un renforcement de l’identité sexuelle hors du champ oedipien.

Chez la jeune fille, la féminité se construit par l’introjection/identification au féminin génital maternel, l’élaboration de l’ouverture érotique au corps de l’autre, réceptivité au sexe et au désir de l’autre. Mais l’accès à l’identité féminine implique aussi une identification au père en tant qu’objet de désir et tiers séparateur de la mère. Par ailleurs, les identifications féminines du père, par un étayage narcissique désexualisé, aideront à valoriser l’identification féminine de sa fille.

Chez le garçon, les expériences masturbatoires qui sont génitalisées à l’adolescence, suscitent souvent la honte et la conscience d’être seul, engendrant une blessure narcissique. Plus inconsciemment, peut être ressentie la honte du plaisir éprouvé, les angoisses inhérentes aux conflits oedipiens étant réactivées..

Par ailleurs, la transmission du viril, de la puissance phallique, dépendra aussi du caractère écrasant ou érigeant du père, de son ambivalence face à son fils.

Pour conclure 

avec T. Ternynck, ce n’est que dans la conciliation des instances qui s’épaulent, la connivence des aspirations pulsionnelles et narcissiques que pourra advenir un adolescent épanoui.

Résumé : Camille MONTAUTI

MARIE-PIERRE CHAUMONT, MURIEL ROZENBERG

21/03/2018