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Bien des changements sont survenus depuis le début de la publication de la Revue Belge de Psychanalyse en 1982. La place de la langue française a reculé au profit de l’anglais dans l’édition scientifique et académique, même si ce recul a été davantage marqué dans le champ de la psychiatrie et de la psychologie que dans celui de la psychanalyse, où les revues francophones ont conservé une assez bonne diffusion. En contrepartie de cette bonne santé relative, les publications psychanalytiques, articles et livres, se sont multipliées, avec un certain effet de saturation des professionnels qui a paradoxalement amené une diminution de l’assiduité des lecteurs.

Maurice Haber insistait, dans l’éditorial rédigé pour la parution du premier numéro, sur l’émergence progressive au sein de la Société Belge de Psychanalyse d’un style de travail spécifique et d’un sentiment d’identité collective dans la diversité. Il soulignait la dette à l’égard de la psychanalyse française, l’apport de l’école anglo-saxonne – en particulier le courant kleinien -, mais aussi de certains travaux américains dans le champ des pathologies « narcissiques-identitaires ». Il mentionnait également l’intérêt porté à la variété des dispositifs cliniques dans la pratique psychanalytique, dès lors que cette adaptation aux impératifs cliniques restait sous-tendue par la rigueur d’une formation associant analyse personnelle, expérience clinique et apprentissage théorique. Tous ces aspects devant, dans le travail d’écriture, éviter « l’ésotérisme impénétrable » tout autant que « le schématisme ».

En 1994, Marie-France Dispaux, prenant le relais de la direction de la Revue, souligne le rôle scientifique qu’a pris la Revue dans la vie de la Société Belge de Psychanalyse, dans un moment qualifié de « particulièrement fécond de la recherche en psychanalyse ». Deux ans plus tard, elle situe le « fil rouge » des derniers numéros de la Revue dans « l’intégration de l’intersubjectivité dans la théorie psychanalytique ».

Une nouvelle rubrique apparaît alors dans la Revue, les « Carrefours psychanalytiques », entretiens dynamiques avec des figures importantes de la psychanalyse, auxquels Nicole Minazio contribue de manière active. André Green, Parthénope Bion, Joyce Mc Dougall, Michel de M’Uzan, Donald Meltzer, Otto Kernberg, Jean Laplanche, Hanna Segal, Jean-Luc Donnet, Marcelo Vinar, Daniel Widlöcher, Laurence Kahn apparaîtront ainsi d’une manière très vivante dans les pages de la Revue entre 1997 et 2012.

Les années suivantes, la Revue se fait l’écho, dans les éditoriaux de M-F. Dispaux, du décès, en 1998 et 1999, de deux figures de la SBP, André Alsteens puis James Innes Smith. Deux numéros spéciaux rassembleront les articles les plus marquants de ces deux psychanalystes, membres fondateurs de la Revue, qui occupaient une place importante dans la dynamique institutionnelle et scientifique de la Société Belge de Psychanalyse.

En 2001, le tournant du numérique est pris avec la création du site web de la Revue, et dans son éditorial, M-F. Dispaux pointe l’intérêt qui se développe pour la recherche dans le champ de la psychanalyse.

Sous l’impulsion de Jacques Delaunoy qui succède à M-F. Dispaux à la direction de la Revue à l’automne 2002, apparaît une rubrique « Forum », destinée aux réactions des lecteurs aux articles publiés : elle disparaîtra cependant assez vite, faute de contributions, mais exprime bien un des enjeux de notre revue, la mobilisation des membres de la Société Belge de Psychanalyse dans la vie de la Revue. Jacques Delaunoy apportera également sa touche à l’essor numérique, via un CD-Rom rassemblant les archives numérisées des articles des 50 premiers numéros de la Revue.

Nicole Minazio reprend ensuite la direction du comité de rédaction, et à partir du n°54 la sobriété radicale qui caractérisait le « design » de la Revue fait place à une nouvelle mise en pages et une couverture ornée du logo commun à la Revue et à la SBP.

Depuis 2010, Jean-Paul Matot assure la direction du comité de rédaction, dont les réflexions sont marquées par l’enjeu que constitue la place prise par les nouveaux medias numériques, associée à une certaine désaffection des revues traditionnelles. Ces évolutions imposent une réflexion renouvelée sur la diffusion des idées et des valeurs de la psychanalyse, dans une période où le consumérisme masque la crise de l’action collective que connaissent les sociétés occidentales.

Un premier axe de la politique éditoriale qui s’est imposé progressivement réside dans le choix de thèmes pour les numéros de la Revue. Si, dans son éditorial du n°55, Nicole Minazio relevait que la RBP n’était pas une revue à thème, il faut remarquer cependant que, dès ses débuts, un nombre significatif de numéros, notamment ceux qui reprenaient les textes des colloques de la Société Belge de Psychanalyse, étaient organisés autour d’un thème, celui-ci n’apparaissant cependant pas sur la page de couverture. Ce choix de passer à une revue thématique répond à deux préoccupations : d’une part, en annonçant les thèmes des numéros à venir, et en les diffusant accompagnés d’un argument, il augmente le nombre d’articles que nous recevons, spontanés ou sollicités ; d’autre part, il répond à la tendance actuelle des lecteurs à privilégier le choix d’articles « à la carte » au détriment du « menu » que propose la découverte du sommaire d’un numéro. Toutefois, cette option thématique prise par la Revue ne concerne que la majorité des articles de chaque numéro, une place restant réservée à des articles « hors thème ».

Un second axe éditorial se situe au niveau du choix des thèmes lui-même. A côté des thèmes métapsychologiques « classiques », des développements des grands courants de la psychanalyse et des questions relatives au cadre et à la technique, il nous apparaît aujourd’hui important, voire vital, d’interroger la manière dont la psychanalyse peut être mise au travail dans sa confrontation aux changements profonds qui affectent nos sociétés. La psychanalyse est aujourd’hui en perte de vitesse dans le champ sanitaire, en partie du fait de l’extension des orientations « managériales » qui tendent à exclure la complexité de l’humain dans une marchandisation du soin. Mais ne faut-il pas également se pencher sur des causes internes à la psychanalyse elle-même ? Outre une tendance à l’idéalisation de ses théories et de ses pratiques, qui s’est cependant considérablement amendée depuis une trentaine d’années, ne faut-il pas pointer une certaine frilosité à l’égard des réflexions transdisciplinaires, pourtant indispensables pour penser la complexité de l’humain ? Ne manquons-nous pas de détermination pour oser déranger et dépasser un conservatisme « freudien » qui bride la créativité de nombreux analystes ou les conduit à abandonner le champ des institutions psychanalytiques ? Sommes-nous assez en phase avec les évolutions sociales et l’émergence de nouveaux enjeux éthiques, tels ceux de la disqualification de l’action collective ou, davantage encore, de la relation de l’Homme à son environnement ?

Un troisième axe éditorial, en lien avec le précédent, est celui de l’impact des évolutions technologiques sur les organisations sociales et les individus. Au-delà des usages et des habiletés individuels, ne faut-il pas attacher davantage d’attention à la manière dont le psychisme de l’Homme du 21è siècle se trouve modifié par ces évolutions ? Au modeste niveau de notre Revue, nous souhaitons en tout cas réfléchir à l’impact des technologies numériques sur l’écrit, et sur la manière dont les psychanalystes peuvent penser et travailler et s’approprier cette question.