Anne Decerf, Du rituel autistique à la construction du désir Une nouvelle approche de la vie affective

Arlette Lecoq

01/04/2016

Lu, vu, entendu

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D’entrée de jeu, Anne Decerf nous invite à la lecture d’un ouvrage révolutionnaire. Rien de moins !

Il est vrai que sa pensée est originale, créative et rigoureuse et que la lecture de ce livre, stimulante pour l’esprit du théoricien comme du clinicien, vaut plus qu’un détour. Je ne peux qu’inciter le lecteur à l’emprunter pour en goûter sa richesse. Puisse cette note de lecture en baliser le chemin.

Souvent, j’ai eu envie d’établir des ponts entre cette nouvelle approche et le corpus analytique, je m’en suis retenue pour ne pas entraver les méandres de l’exploration par des références défensives qui en obscurciraient le plein sens.

INTRODUCTION

Si cet ouvrage se situe en marge de la psychanalyse, il suscitera néanmoins l’intérêt des analystes et de toute personne intéressée par les fondements de la vie psychique vu la qualité des questions qui y sont soulevées.

Nourrie de la pensée analytique freudienne, l’auteure, psychothérapeute en analyse lors de l’élaboration de son modèle, s’en est néanmoins démarquée en proposant une approche épistémologique qui n’évite pas de l’interroger et d’en conserver des concepts majeurs. Ce livre poursuit le questionnement initial15 qu’elle avait amorcé dans sa thèse de doctorat et témoigne aussi de l’évolution de sa recherche originale.

Point de départ. À une interprétation œdipienne banale qu’elle ft à un de ses petits patients, celui-ci lui rétorqua : qu’en sais-tu ? Au lieu d’y voir une habituelle réaction défensive, Anne Decerf décida alors d’abandonner la mise en sens, l’interprétation déterminée par les désirs inconscients selon la théorie classique, pour explorer avec lui quels fonctionnements psychiques allaient plutôt se déployer. Quittant toute référence à l’inconscient, aux fantasmes prédéterminés à décrypter et à toute préconception, elle se mit à observer comment le fonctionnement psychique allait émerger et construire ses contenus.

Au sens qui se libère par la levée du refoulement, au sens qui se construit par le lien à l’objet, l’auteure opposera donc le sens qui se construit à partir d’un psychisme qui investit et s’abouche à différentes fonctions.

Ce procédé lui permit d’isoler en premier lieu l’objet autistique. Un jour lors d’une séance, Jean, qui avait disposé dans un lit un couple d’adulte, ft intervenir un fantôme qui secoua la maison au point de jeter les conjoints au sol. songeant à la scène primitive, la thérapeute lui dit combien c’était diffcile de faire dormir ensemble un monsieur et une madame. Mais Jean ne ft aucun cas de cette intervention et alla jouer dans un bac à sable faisant s’écouler, fasciné, de façon répétitive dans un mouvement devenant perpétuel, le sable d’un seau dans un autre récipient et ainsi de suite. stratégie défensive ? l’auteure pense au contraire qu’il s’agit là d’un processus élémentaire qui construit un objet psychique ; que le petit garçon avait trouvé dans ce mouvement récurrent une modélisation à l’écoulement de son excitation, qu’il y avait dans le va-et-vient de la matière compactée puis fuide du sable, une mise en mouvement de l’écoulement de ses tensions. selon Anne Decerf, Jean aurait de la sorte montré comment sa subjectivité avait érotisé certains contenus perceptifs.

Une clé pour comprendre l’approche d’Anne Decerf réside dans la différenciation des fonctionnements psychique et mental. le fonctionnement psychique, qui gère les affects et élabore la pulsion, investit, selon elle, les diverses fonctions mentales de l’organisme : l’investissement de la fonction perceptive donnera naissance à l’objet autistique, la mémoire aidera à la constitution des objets internes, l’investissement érotisé de la métaphore langagière servira la construction du fantasme porteur du désir… le visage maternel permettra l’accession à l’altérité, la peau et la musculation participeront à la construction du psychisme lui-même… Autre élément conséquent : ces grandes fonctions, psychiques et mentales, seraient autonomes.

« Autrement dit, le psychisme n’aurait pas davantage vocation à créer le percept, la métaphore, le souvenir que la pensée, la volonté ou la cellule nerveuse n’en ont pour engendrer le sentiment. » (p. 10)

Mais ces fonctions noueraient entre elles des connexions rendant compte de la complexité du comportement humain.

Dans son approche, l’autisme, fonctionnement stéréotypé hors relation, prend un nouveau sens. Il n’est plus un produit dégradé mais se découvre aux assises du développement psychique de chacun. Ce ne serait pas un trouble mais un fonctionnement initial qui transforme les tensions psychiques en source de jouissance. le vrai problème, en aval, serait de ne pouvoir quitter cet autisme dans la progression vers l’altérité. Pour A. Decerf, le producteur de l’autisme n’est pas, comme on le dit trop vite, la mère mais le psychisme lui-même. s’écartant du tout relationnel au proft des dispositions internes de l’appareil psychique, elle renoue, sans nier le rôle des parents et de la relation, avec l’importance d’un appareil interne ; la dérive winnicottienne, aussi géniale soit-elle, selon elle, « fnit par occulter les véritables ressorts du psychisme au proft d’une altérité toute-puissante » (p. 12).

Les chapitres du livre diront comment quitter cet autisme initial.

CHAPITRE 1. LES IMPASSES DE L’INCONSCIENT

L’auteur précise ici sa position face aux absolus fondateurs de la théorie freudienne. elle réfute radicalement le concept d’inconscient mais conserve la notion de pulsion qui ne porte en elle ni frein, ni digue, ni forme, ni sens et répond au seul principe de la quête de plaisir. elle salue le génie freudien « qui le poussa, envers et contre tout, à faire de la sexualité un absolu fondateur de la subjectivité humaine » (p.16). Mais pourquoi, s’étonne-t-elle, Freud a-t-il enfermé cette sexualité sauvage dans la boîte noire de l’inconscient qui contiendrait, à l’état refoulé, des désirs toujours déjà là dérivés eux-mêmes des fantasmes originaires, ces opérateurs congénitaux de l’inconscient ? Pourquoi ces constructions topiques cloisonnées qui maintiennent les désirs cryptés et imposent la seule voie interprétative pour les en libérer ?

« On comprend qu’un tel système conceptuel qui suppose la vérité de l’être enfouie dans des lieux inaccessibles, se soit vu reprocher d’entendre, venus des profondeurs obscures de l’inconscient, les désirs… qu’en réalité elle y a mis. » (p. 21)

Freud aurait dû suivre, pense-t-elle, les opérations transformationnelles qui font passer ce fux initial vers le rêve, le fantasme, le désir plutôt que de le voir s’écouler au sein des topiques où il trouverait d’emblée la fgure des désirs interdits. Quant à la reconstruction qui apparaît dans les derniers textes freudiens, elle viserait in fne à faciliter l’accès au matériel inconscient et mènerait encore à l’interprétation.

Freud a fait le choix épistémologique de l’inconscient, Anne Decerf suivra un autre choix logique.

Suit une revue des théories post-freudiennes qu’elle passe au crible de sa réfexion épistémologique rigoureuse et audacieuse. Oui, les états limites ont bousculé les modèles mais ceux-ci restent-ils alors compatibles avec la métapsychologie et les topiques freudiennes. Ainsi les théoriciens du narcissisme ont introduit le self mais ce self est étranger au refoulement. Avec Klein, c’est la mauvaise mère et non la sexualité qui s’impose comme moteur du développement; et son surmoi précoce ose intervenir aux débuts du développement alors qu’il est censé l’achever. Quant à la mère suffsamment bonne de Winnicott et au moi autonome d’Hartmann, ils travaillent hors confit.

Plus près de nous, chez laplanche, c’est la notion même de pulsion qui est écartée de l’origine du fonctionnement psychique. l’enfant devient un traducteur des messages énigmatiques de l’adulte. Chez les intersubjectivistes, c’est le jugement du patient qui serait compétent pour estimer le travail accompli. Quant à la troisième topique de Christophe Dejours, elle bouleverse l’édifce freudien en faisant entrer « le conscient dans le psychisme » quand Freud affrme que « le psychique est en soi inconscient » (p. 30) et puis surtout elle postule « l’existence d’un second inconscient, primitif, sans désir et sans contenu refoulé » (p. 31). si l’auteure est sensible à ce « fait sur mesure » applicable aux fonctionnements sans désir, cet appareil à deux corps lui paraît aberrant et loin de la métapsychologie freudienne.

A. Decerf conclut avec pessimisme quant à l’évolution de la psychanalyse si celle-ci reste corsetée par ses instances et les désirs constitués de l’inconscient.

Quant au regard des philosophes sur la psychanalyse, elle constatera que plusieurs d’entre eux évacuent tout à fait l’appareil psychique de leur conception. Foucault, infuencé par Binswanger, fait de l’existence, non du désir, l’organisateur du rêve. sartre critique l’absolu fondateur de la pulsion… et propose une psychanalyse existentielle où domine l’absolu du choix de la néantisation, de la relation, de la liberté… mais que devient alors l’appareil psychique ? Merleau-Ponty met en cause la logique du lien pulsionnel car pour lui sujet et objet sont toujours mêlés en une véritable membrure intersubjective. Deleuze et Guattari déconstruisent encore plus le modèle freudien. Ainsi, la philosophie qui avait accueilli la psychanalyse comme une herméneutique s’est acharnée ensuite à la miner.

Après cette revue riche et documentée des théories, l’auteure va exposer comment « l’idée de l’appareil psychique couplée à celle de l’absolu de la libido » (p. 43) va découvrir les processus qui se déploient pour transformer la pulsion en objets qui ont forme et sens plutôt que de penser le désir comme étant toujours déjà là.

CHAPITRE 2. QU’EST-CE QU’UN PROCESSUS PSYCHIQUE ?

Selon le Littré, il faut retenir l’idée de progrès, de changement d’état, de phénomènes organisés dans le temps, selon le grand robert, ce sont des phases d’une opération, d’une transformation. or Freud entend par processus des modes d’écoulement de l’énergie psychique plutôt qu’un opérateur de changement. le processus primaire fait s’écouler librement l’excitation neuronale ; le processus secondaire impose de surseoir à la décharge. Ce n’est qu’en 1920 qu’il introduit un temps d’avant le désir, celui d’une première liaison, d’un premier traitement de la pulsion.

Plusieurs auteurs ont ciblé l’importance d’une transformation préalable de la pulsion à la révélation du désir. Spitz considérait le rôle majeur du rassemblement des émois dispersés du nouveau-né à la perception du visage maternel. La fonction alpha de Bion joue un rôle organisateur des éléments bêta du nourrisson. Pierra Aulagnier conçoit une mise en forme archaïque de la pulsion dans le pictogramme. le stade du miroir de Lacan sera formateur du JE. Enfn, François Duyckaerts16proposait une théorie de la prise de conscience centrée sur les transformations psychiques que les dispositions affectives doivent subir pour sortir de leur invisibilité. Mais ces apports théoriques dont l’auteure salue le côté novateur n’ont pu s’affranchir d’un système incapable de les intégrer car incapable de penser en termes de genèse opératoire des objet psychiques.

CHAPITRE 3. L’OBJET AUTISTIQUE.

Ce chapitre s’ouvre sur 3 vignettes.

Émilie, 7 ans, refusait de parler, refusait tout contact physique, se réfugiait dans un enclos. N’obtenant aucun résultat dans cette situation plutôt désespérée, l’orthophoniste décida de l’aborder par le biais d’une approche plus cognitiviste en lui apportant un bocal de pois cassés et lui proposant d’éventuellement les sérier. Contre toute attente, Émilie prit un vif intérêt à vider le bocal pour le remplir à nouveau et ainsi de suite. elle refaisait sa tâche en boucles en séances et après un mois, les versa dans son tambourin puis dans sa robe… puis les laissa tomber en pluie sur elle, puis sur l’orthophoniste, etc. Un jour, celle-ci lui apporta 2 nouveaux pots, Émilie sauta de joie et se mit à dessiner un sapin de Noël avec au pied, une boîte sur laquelle elle écrivit Émilie.

Jean, 9 ans (cf. ci-dessus), laissait craindre une déchirure derrière une armure de surface. lors d’une séance, il mit dans un lit un homme et une femme. Mais un fantôme allait venir… Jean, tremblant, secoua la maison envoyant le couple endormi au tapis. Il ignora l’interprétation d’A. Decerf sur la diffculté d’imaginer un monsieur et une madame dormir ensemble et se dirigea vers le bac à sable. De façon récurrente, il remplit alors un seau de sable et en vida le contenu dans un autre, observant fasciné l’écoulement des grains ; l’activité se ft en boucle et il invitera sa thérapeute à faire de même pendant qu’il l’observait. Jean se calma et prit plaisir à cette activité. Dans un autre jeu, il bloquait avec sa voiture celle de sa thérapeute en lui disant : avance, brouille-toi, moi, je ne bouge pas !

Franz, enfant inadapté décrit par tournier dans Les météores, avait besoin d’une structure régulière ne souffrant d’aucun temps mort, d’aucun temps fou. Alors, le jour il vivait branché sur le vieux métier Jacquard dont la musique lui servait de cerveau mécanique. Dans ce tic-tac nombreux mais rigoureusement concerté, écrit Tournier, son cerveau malade était conforté et entraîné, comme un soldat au sein d’un bataillon parfaitement discipliné. les cartons s’enroulant en une chaîne sans fn servaient à Franz d’organisation cérébrale et l’arrêt de l’atelier le rendait à sa pensée chaotique.

Que ce soit le sable de Jean, les pois d’Émilie ou les cartons de Franz, ces enfants trouvaient dans le va-et-vient de ces objets une source d’apaisement ou d’enchantement. Il s’agit là de l’objet autistique décrit aussi par Potter, Kanner, Asperger, qui rapportent eux aussi des objets en rotation. tustin décrit des enfants autistes faisant pivoter des toupies, M. Mahler raconte que stanley restait des heures à regarder tourner la roue d’un vélo posé sur sa selle. et comme le résume Houzel, les stéréotypies de giration les font vivre dans un univers « tourbillonnaire ». Rien de nouveau donc si ce n’est que tous ne voient dans cette activité récurrente qu’une tentative désespérée de maîtriser un monde circulaire, clos, inhumain, sans trace d’altérité. or n’est-elle qu’une cuirasse, une forteresse vide, produit dégradé d’une entrée ratée dans la relation ? Ce n’est pas l’avis de l’auteure au vu de la joie qu’elle leur procure. Il s’agirait plutôt, selon elle, d’un mode de fonctionnement psychique fondamental, « de la première opération psychique qui fait passer la puissance du sexuel de son état de force expansive invisible, sans forme et sans limite, à un état de formalisation qui lui donne l’aspect de l’objet autistique » (p. 68).

Ces enfants sont dans un processus de fascination. les spectacles qu’ils créent viennent drainer et donner forme à leur tension pulsionnelle. Ainsi chez Franz, la disparition des cartons du Jacquard endigue sa turbulence sexuelle et le fonctionnement psychique de l’enfant va utiliser cette fgure vouée au même destin de disparition que son excitation. Mais les cartons reviennent toujours… de même que la pulsion toujours renaissante évidemment.

En résumé, « l’appareil psychique tire proft, exploite le pouvoir fguratif de la matière récurrente qu’il dote en échange d’une valeur affective en la transformant en objet de jouissance. » (p. 70)

Il est amusant de constater combien l’écriture de l’auteure se fait elle-même récurrente dans ce chapitre. À croire que le modèle cyclique qu’elle décrit imprègne son style au point de nous faire vivre ce concept par la récurrence qu’il imprime en nous.

Poursuivant sa démonstration, A. Decerf reprend la littérature et nous montre combien chez tustin, M. Mahler, soulé, Geisman…, la dynamique de l’autisme apparaît toujours comme une défensen : c’est le « trou noir » par perte de jouissance du mamelon ou la terreur de tomber en morceaux ou le rejet d’une rencontre qui serait débordante… seul Meltzer parle d’un moment inaugural où le self naît à lui-même dispersé entre ses diverses sources d’attraction sensorielles.

Car enfn, s’insurge l’auteure, comment un être étranger à l’altérité, pourrait-il se souvenir d’une mère traumatisante, décevante dont il aurait à se préserver? A. Decerf suggère qu’on prenne l’autiste où il est, fasciné par ses objets rotatifs, absolument hors réalité et non dans une impossible relation qu’il s’appliquerait à fuir. Il ne faut pas le forcer à en sortir mais l’assister dans son monde giratoire comme l’a fait l’orthophoniste d’Émilie.

Ce chapitre s’achève sur 2 points importants:

1/

« Il faut distinguer deux réalités : celle qui donne les contenus et celle qui les exploite, celle qui donne jour au visible et celle qui le met à proft. » (p. 76)

C’est la fonction psychique qui se saisit et érotise la fonction perceptive et les deux concourent à former l’objet autistique. Et d’évoquer Ricoeur : « C’est dans la genèse réciproque du connaître et du sentir que la signifcation du sentir apparaît ».

2/

Hors le monde tourbillonnaire, cette nouvelle théorie est-elle applicable aux autres manifestations de l’autisme, aux balancements, retards de langage, troubles de la communication ? Certes oui pour les troubles du langage et de la communication puisque le fonctionnement autistique s’exerce hors relation. Quant aux balancements et autres stéréotypies, ils seraient antérieurs à l’investissement psychique du perceptif; ils contiendraient le fux pulsionnel par un investissement du corps, processus archaïque psychosomatique s’accompagnant d’une érotisation de ce corps. Comment, me dis-je, ne pas songer tout au long de ce chapitre aux processus auto-calmants décrits par Smadja et Szwec, si ce n’est que ceux-ci font intervenir la pulsion de mort pour expliquer ce fonctionnement alors qu’A. Decerf ne se réfère qu’à la pulsion sexuelle.

CHAPITRE 4. L’OBJET D’AMOUR

Comment depuis l’objet autistique faire d’Autrui un objet d’amour ?

Les séquences cliniques de cette étape sont toutes marquées par une injonction paradoxale adressée au thérapeute qui se voit solliciter à entrer en relation au même moment où il est rejeté de ce lien potentiel. Ainsi, Jean somme A. Decerf d’avancer après lui avoir barré la voie avec sa propre voiture. Gérard qui avait empaqueté le stylo de sa thérapeute et regardait ce montage comme on regarde dans une longue vue, jouait à l’en faire sortir mais dès qu’il le voyait progresser, resserrait l’enroulement enfermant ; ou bien il invitait sa thérapeute chez lui mais la porte était fermée… Isabelle qui n’arrivait pas à dessiner une petite flle entière, déchirant de façon répétitive son dessin, demanda à A. Decerf d’en dessiner une mais cela ne lui convenait jamais : la robe aurait du être rouge, les souliers blancs, pas de chaussettes à pois, etc. La thérapeute souligna sa diffculté d’accepter qu’elles n’aient pas en tête la même petite flle. En fait, Isabelle pensait que quand elle serait grande, elle serait Anne Decerf.

Comme avec l’objet autistique, les enfants investissent un objet perceptible, stylo, voiture, fgure dessinée, pour rassembler le fux pulsionnel mais derrière lui se profle cette fois la présence de soi ou d’autrui. la présence matérielle vaut comme « re-présentation » et l’objet « symbolique» investi ouvre sur l’altérité. Deuxième différence, l’objet symbolique résiste à la logique du drainage et s’impose. « L’enfant entre dans le lien avec le fonctionnement autistique en tête » (p. 88)mais l’objet d’amour, comme l’auteure le nomme à présent, refuse de se faire traiter comme une toupie car les mères cherchent à capter le regard de leur nourrisson et vont le contraindre au changement. le mouvement circulaire d’érotisation et de rejet va connaître une subversion essentielle.

« C’est par l’épiphanie de son visage, qui annonce son être, que la mère sort l’enfant de son autisme inaugural » ( p. 90 ) car, au-delà de l’apparence, ce visage a le pouvoir occulte de faire entrer dans le monde de l’altérité. Certaines langues, précise l’auteure, conservent 2 mots pour décrire les 2 dimensions du visage, l’un renvoie au visage qui ouvre sur une profondeur mystérieuse et fascine, l’autre renvoie à celui qui se donne à voir. le visage de la mère ouvre donc l’enfant fasciné sur l’intériorité maternelle, sur sa subjectivité, sur un au-delà et fait éprouver la mère comme sujet de désir qui regarde le nouveau-né avec les yeux de l’amour ou parfois de la haine. L’enfant y rencontre des réalités nouvelles parmi lesquelles la présence du père et les interdits.

Autre apport du visage maternel, son effet-miroir, c’est-à-dire son pouvoir de dire à l’enfant quelque chose de lui-même, s’il est désiré, aimé ou haï. l’auteure rappelle la conceptualisation de lacan tirée de celle de H. Wallon.

Le « stade du miroir est un moment de transformation cruciale du jeune sujet qui trouve à rassembler dans son image spéculaire le vécu jusque-là morcelé de son corps pulsionnel. » ( p. 94 )

En substituant le visage maternel au miroir, lacan permet de penser que l’enfant qui s’éprouve dans son corps morcelé, se découvrira dans le regard de la mère qui a le pouvoir de lui dire qui il est. De ce rappel, l’auteur conclut que ce n’est pas d’un regard porté sur notre intériorité que surgit cette vérité essentielle sur soi mais du regard que l’autre porte sur nous.

Troisième apport du visage. Cette dépendance à l’autre qui nous dit qui nous sommes, nous aliène à lui. Heureusement la capture intégrale échoue car le regard-miroir ne saisira jamais la totalité de l’Être.

« Jamais l’autre ne pourra faire de nous un double, jamais nous ne pourrons faire de lui un semblable. » ( p. 95 )

Des zones de béances persistent. et c’est à cet endroit que le féminin se fondera, écrit l’auteure qui a, par ailleurs consacré tout un travail sur la sexualité des petites flles17. C’est aussi là que l’enfant trouvera le père qui empêche la fabrication des doubles et la mère-amante dont il restera toujours l’exclu. On reconnaît ici l’ouverture à la structure œdipienne mais à partir du visage maternel, non au sein de l’organisation familiale.

Suivent de très belles pages sur le double…qui ne sera jamais atteint.

Du côté des philosophes, Levinas fera du visage le révélateur d’autrui qui nous renvoie à l’impératif éthique du « tu ne tueras point » ; le visage est aussi pour lui résistance absolue à l’emprise, au viol. Pour sartre l’épreuve du regard révèle le sujet à lui-même.

En répondant à l’appel du visage, c’est donc à une mère pleine de désirs que l’enfant s’ouvre. et faire l’épreuve du désir de l’autre fait sortir l’enfant du confort rotatif ce qui va le déborder et le confronter à la souffrance de l’absence et du manque.

L’altérité est un véritable défi pour l’enfant, l’échec du double est source d’angoisse d’abandon et d’angoisse de morcellement : la mère absente, la mère amante irreprésentable, le surgissement du père sont autant d’éléments qui peuvent arrêter le développement et provoquer le repli vers la position autistique, au mieux de façon transitoire. Est-ce ici, interroge l’auteur, qu’on trouve la position défensive décrite par les psychanalystes ?

« Peut-être… A la différence près que dans la réfexion que je propose, ce n’est pas la dynamique autistique qui est défensive, ce n’est pas elle qui pose problème, mais le mouvement de retour vers elle. » (p. 108 )

Pourquoi ne pas retourner aux toupies quand une mère s’absente un peu trop longtemps. les retrouvailles viennent après avec un renforcement du lien.

La pathologie se découvre dans le refus absolu du lien. les causes sont multiples. Côté visage, on peut évoquer les visages fermés qui barrent l’accès à leur profondeur. Certains, de crainte de leur pouvoir attractif, tiennent l’enfant à l’écart. Kanner évoque des visages « frigos » au regard de glacier. l’enfant peut aussi trouver trop de mère absente ou trop de mère manquante, trop de mère amante et rebrousser chemin. le trop maternel évoque aussi la toute puissance qui laisse croire à l’enfant qu’il peut combler tous ses désirs et qui rend le père forclos. À côté des avatars du visage maternel, il faut aussi évoquer le psychisme de l’enfant qui recourt à ce fonctionnement par la faiblesse intrinsèque de son psychisme, une résistance insuffsante à l’affux pulsionnel et à la frustration, une tension interne congénitalement trop forte, etc. Un paragraphe interroge aussi le rôle des neurones miroirs.

CHAPITRE 5. L’OBJET DU DÉSIR.

Comment, alors que le visage l’a introduit à l’énigme, l’enfant va-t-il vivre l’absence et le manque de son objet d’amour ?

Retour sur Isabelle : elle a maintenant des bébés dans ses pensées et elle va dessiner une salade… qui pousse dans la terre comme les bébés. Elle fredonne : faire l’amour… et la thérapeute lui dit qu’elle pense aux bébés qui poussent dans le ventre des mamans, comme les salades dans la terre… et peut-être aussi au papa et à maman qui font l’amour pour avoir des bébés. Isabelle mettra alors la salade dans un congélateur. les bébés, demande la thérapeute, sont-ils dans une maman frigo ? Une maman pourrait-elle manger son bébé comme une salade ? ou mettre son bébé dans son ventre comme dans un frigo ? la fois suivante, Isabelle dessine une petite flle et demande à A. Decerf de la coiffer d’une couronne. Quant à serge, 6,5 ans, tracassé par l’usure des crayons, il se demande si on les jette quand ils sont usés et si on en change. Il a peur aussi d’user maman avec le tintouin qu’il crée par ses bagarres avec son frère. la thérapeute dira qu’il se demande ce que devient une maman usée : la jette-t-on pour en acheter une autre, ou a-t-on envie de faire cela ?

Quel lien établir entre ces histoires et l’investissement de l’objet ? Isabelle a envie d’évacuer ses pensées de gestation, fécondation, d’acte sexuel qui sont porteuses d’énigme.

« Ce qui inquiète isabelle, ce qui lui apparaît mystérieux et énigmatique, c’est la jouissance qu’une mère peut prendre de son corps où grandit un bébé » ( p. 126 )

Quant à Serge, c’est la surexploitation libidinale de sa mère dont il veut tout qui pourrait l’altérer. À trop vouloir en jouir, ne risque-t-on pas de l’user ? la jouissance de la mère est au cœur du débat. Dès 2 ans, des enfants peuvent déjà montrer des signes d’inquiétude quant à la jouissance féminine. C’est bien le visage mystérieux de la mère qui laisse se profler l’échappée érotique vers le désir du rapport sexuel, le désir de grossesse, le désir pour le tiers. l’enfant incapable de s’attirer à cet endroit le pouvoir liant du visage, se voit contraint à élaborer un nouveau processus de gestion pulsionnellepour donner sens au mystère irreprésentablePour cela, Isabelle et serge cherchent dans le monde un modèle construisant la relation affective et donnant sens à leur problème :

« le fœtus est dans le ventre maternel comme une salade est dans le congélateur. Une mère, dont le tout du plaisir est ramené à la maternité, s’use comme un crayon. » (p. 129)

Cette opération fait entrer l’érotisme dans un champ d’intelligibilité.

Le processus psychique va investir cette fois le rapport trouvé dans la réalité entre la salade et le congélateur par exemple et le transférer dans la relation affective en appel de sens. on trouve alors une mère qui jouit de son bébé comme d’une salade destinée à la consommation. C’est un transfert de sens métaphorique qui repose sur une impertinence sémantique. l’incongruence vient éclairer le mystère de la jouissance. en fait, le psychisme de serge et d’Isabelle a utilisé les ressources du langage, de la métaphore pour donner sens à l’énigme du visage et à l’imperçu du désir féminin. l’auteure nomme fantasme, le produit de cet investissement. si l’enfant n’arrive pas à construire un fantasme, il se peut qu’il retourne à la mécanique autistique. Dans les cas favorables « le fantasme construit le sens de la relation, élabore le désir de l’enfant et fait entrer le père dans le champ de ses investissements affectifs » (p.134)C’est dans le champ de la subjectivité maternelle à laquelle le visage donne accès que se découvre le père.

L’auteure découvre ainsi le fantasme dans sa théorie mais non comme un éternel revenant en provenance de l’inconscient et des contrées phylogénétiques mais construit hic et nunc par le processus psychique.

Autre exploitation de la fonction langagière, en deçà de la métaphore, l’articulation élémentaire du signe linguistique, c’est-à-dire le lien du signifant au signifé s/s. Quand Isabelle demande à sa thérapeute de lui dessiner une couronne, sa tête n’est plus une simple représentation (une tête pour une tête) mais acquiert le statut de signifant car la tête couronnée par le jeu des signifés convoqués, autorise à penser que la fllette est comme une petite reine et peut à ce titre renoncer à la condition infantile œdipienne. Lorsque les signifants s’associent, un jeu de combinaisons des signifés sous la barre des signifants, va permettre l’opération métaphorique qui donnera sens à ce qui semblait vide et inélaborable.

C’est en référence à un inconscient qui possède l’articulation du signe linguistique que l’auteure comprend la fameuse proposition de Lacan : l’inconscient est structuré comme un langage. le sens crypté sous la barre des signifants ou dans le saut métaphorique implique une démarche d’interprétation et en ce sens, écrit A. Decerf, cette approche « redécouvre un inconscient. Processuel celui-là » (p. 144).

Ainsi, le psychisme qui investit la fonction mentale, tourné d’abord vers la perception, se tourne ensuite vers le signe linguistique et la métaphore. la mémoire n’échappera pas à ce type d’investissement.

CHAPITRE 6. PAYSAGE DES PROCESSUS PSYCHIQUES.

Faut-il penser encore d’autres processus d’érotisation ?

Que se passe-t-il dès la naissance quand le nouveau-né pris d’un malaise physique en ressent une tension psychique ? on assiste alors à une expulsion des tensions affectives dans le monde ; l’enfant crie, hurle, pleure, gesticule. Mais s’agit-il d’une logique d’érotisation ? Il ne semble y avoir là aucune jouissance mais une expulsion d’allure hémorragique et un principe extérieur maternant nécessaire pour la contenir. Ces opérations évoquent la théorie de Bion et plusieurs théoriciens pensent que la plupart des troubles psychosomatiques du nouveau-né, sont dus à une mauvaise gestion de cet excès, la mère laissant son nourrisson inadéquatement ou trop longtemps sous l’emprise de tensions pulsionnelles traumatisantes. A. Decerf nomme désappropriation de soi, ce processus d’expulsion auquel il sera toujours possible de régresser dans certaines conditions de vie.

Fait suite à ce processus, le processus d’enveloppement.

Le processus d’enveloppement.

Serge refuse d’enlever son manteau ; il hurle si on l’y contraint et se met à tourner comme un derviche, à sauter sur le divan en vocalisant. sans faire attention à la thérapeute, il lui prend ses mains et les fait enlacer sa taille… Après une dizaine de jours, il accepte d’enlever son manteau mais dévêtu, il fle se nicher sous la housse du divan. Un jour, il découvrira le miroir, s’en emparera, crachera dessus, se mirera et fnira par dire pour la première fois Sigi.

Quel est dans cet enchaînement de processus celui qui fait suite à l’expulsion de hurlements ? Celui qui va « donner au psychisme la capacité de retenir son excitation » (p. 152). Il répond à une logique de mantèlement ; l’auteur le nomme processus d’enveloppement. Il s’originerait dans les propriétés enveloppantes du corps : peau, voix, mouvements musculaires… pourvu que le psychisme érotise ces fonctions. C’est ce qui s’est passé chez serge qui put alors s’engager dans l’activité spéculaire. l’idée n’est pas neuve, Anzieu a décrit la caresse maternelle de la peau qui offre à l’appareil psychique une peau interne et esther Bick traite de l’introjection des qualités d’un objet contenant. soucieuse de démontrer la pertinence de son parcours différencié de la pensée analytique, Anne Decerf précise bien que le psychisme ne découvre pas une structure spatiale mais investit les propriétés enveloppantes du corps, en les érotisant. l’enveloppement psycho-somatique fait donc entrer l’enfant dans le monde de la jouissance, étape incontournable pour ouvrir aux processus ultérieurs. Ce premier processus cousine, nous dit-elle, avec la première conception du narcissisme développée par Freud dans ses trois essais, lorsqu’il pense que ce n’est pas de l’allaitement que le bébé tire son plaisir mais du suçotement des lèvres, investissement autoérotique du corps de l’enfant. Certes, dit-elle, à d’autres moments, Freud soutient la thèse contraire et sans doute est-il utile de maintenir cette diplopie théorique.

S’intercalant entre d’une part l’objet autistique et l’objet d’amour et d’autre part le processus qui exploite la fonction du langage, l’auteure va s’intéresser à un processus qui se préludait dans les chapitres précédents, c’est le processus d’investissement de la mémoire.

Dès L’interprétation des rêves, Freud suppose que l’enfant, s’il a faim, peut se remémorer le souvenir de la tétée et érotiser la mémoire de l’allaitement. Il en fera le moteur de la structuration psychique, l’investissement de la mémoire se faisant hallucination. les recherches actuelles montrent qu’un nourrisson de quelques jours peut reconnaître la photographie d’un visage qui lui a été présentée quelques minutes auparavant et anticiper la tétée sur base d’indices de bruit, de voix, d’odeur… Bref ! Dès que les traces mnésiques sont disponibles, le psychisme peut les investir, les érotiser, les affecter pour attendre l’allaitement et formaliser l’excitation pulsionnelle. Ce processus donne une première indépendance à la dynamique affective capable de tolérer pendant un court temps l’attente du plaisir de la satisfaction. Winnicott décrit, après le sein trouvé-créé, ce temps d’attente supporté grâce à la re-présentation qui participe à la constitution de la mère intérieure, mais qui est limité et au-delà duquel la mère intérieure meurt. Reste l’expulsion.

Pour l’auteure cette interaction entre la fonction mnésique investie par la fonction psychique donne une indépendance à la vie affective :

« le lien hédonique de l’enfant à son entourage n’est plus strictement dépendant de réelles présences. » (p. 161)

L’auteure achève ce chapitre par la synthèse des opérations qui construisent la vie affective:

  1. Un processus de désappropriation de soi qui permet, en l’absence de tout fonctionnement psychique, d’expulser les tensions psychiques.
  2. le processus d’enveloppement qui investit le corps et permet de retenir le fux pulsionnel afn que d’autres activités psychiques puissent le transformer.
  3. le troisième processus crée l’objet autistique et le premier objet d’amour en investissant la fonction perceptive.
  4. le quatrième, à l’origine de l’objet interne, investit la fonction mnésique et ses contenus.
  5. le cinquième est le processus d’investissement du langage, de ses fonctions signifantes et métaphoriques, pour créer le fantasme et le désir.

CHAPITRE 7. UNE NOUVELLE APPROCHE THÉRAPEUTIQUE.

Cette théorie trouvant sa cohérence dans la construction psychique « s’intéressera donc aux opérations que le psychisme du patient déploie pour traiter ses états de tension interne, états d’excitation nés dans la situation thérapeutique » (p. 165). elle ne fera intervenir ni mécanisme de défense, ni censure, ni motif qui camouferait l’essentiel du moment affectif. elle s’engage à considérer les opérations dans le hic et nunc de la séance.

Certes nul thérapeute ne déclarera que le fonctionnement autistique ou psychosomatique est une fnalité en soi et « le but du travail thérapeutique est précisément d’étendre les ressources actives du fonctionnement psychique » (p. 165) jusqu’au fantasme, au désir, au rêve.

Le sujet équilibré disposera d’une grande gamme d’opérations qu’il exploitera quitte à revenir transitoirement aux plus archaïques dans des situations extrêmes.

Les moments charnières sont importants et lors du fonctionnement autistique, il est capital par exemple que le thérapeute, dont la présence est ignorée de l’enfant, offre son visage pour faciliter l’ouverture à la relation. Ce visage, avec sa logique de séduction, se gardera, il va de soi, de faire valoir sa tache aveugle, ses lieux d’échappée spéculaire, tout le temps nécessaire. Il s’agit d’abord de capter l’intérêt du patient et de l’enfant avant de le confronter à l’altérité. lorsque la relation sera mieux établie, il deviendra important de « faire valoir les limites de l’identifcation spéculaire » (p.168). la présence du père, du tiers, de l’amant pourront alors s’éprouver menant au fantasme et au désir. De même que l’absence maternelle induira l’investissement de la mémoire sur la voie de l’édifcation de l’objet interne. Évidemment, l’entrave à cette bonne évolution processuelle peut trouver sa source dans des qualités de non accueil du visage ; d’autres étiologies comme les atteintes neuro-sensorielles, génétiques ou des neurones miroirs peuvent aussi altérer l’évolution.

Cette théorie, précise l’auteur, recourt donc aussi au transfert et « elle recourt à la construction d’un savoir sur soi qui passe, dans l’opération de mise en sens, par l’interprétation » (p. 168). Cette dernière excitant le sujet à aller toujours plus avant dans l’élaboration et la construction du désir. Vaste programme!

La théorie offre aussi des ressources thérapeutiques au sujet souffrant d’affronter le tiers qu’il veut éliminer, c’est à dire au sujet œdipien. Dans cette approche processuelle, la souffrance ne jaillirait pas d’un surmoi trop sévère ni d’un désir trop ou mal refoulé mais « d’un travail de la fonction signifante insuffsant » (p. 169)C’est comme si la dynamique langagière ne réussissait pas à jouer son rôle d’insertion des objets d’amour dans la structure qui organise la relation ; l’arrêt de la chaîne signifante laisse le sujet aux prises avec des signifcations violentes de parricide et d’inceste. La concaténation des rapports de signifant à signifé s’arrête laissant affeurer les contenus censés se loger dans l’inconscient processuel. À l’inverse de la théorie psychanalytique, ce n’est pas le désir qui pose problème mais sa construction. le fantasme naissant échoue à soutenir son effcacité et laisse jaillir le sens brut du mouvement œdipien sorti de la trame des signifés. La démarche thérapeutique vise ici à soutenir la production fantasmatique, comme on l’a vu chez Isabelle, sur la voie de la construction de son désir.

CONCLUSION

A. Decerf retrace le cheminement processuel qu’elle a découvert dans sa théorie et sa recherche des processus psychiques. elle a montré comment le psychisme, en exploitant les grandes fonctions de l’organisme, les produits de la perception, de la mémoire et du langage, peut en les érotisant mettre en place l’objet autistique, l’objet d’amour et l’objet du désir du sujet.

Son livre s’achève sur l’avenir de cette théorie qui pourrait encore comprendre et découvrir « la formation du rêve, du lapsus, de l’acte manqué, du symptôme hystérique et du délire…» (p. 173)

Malheureusement… il n’en sera pas ainsi. Anne Decerf s’est éteinte au printemps 2013 laissant une œuvre originale, intelligente, inachevée. Puisse un lecteur, un chercheur, un analyste trouver dans son travail matière à réfexion, à discussion, à débat voire à controverse, ce quelle aurait souhaité, ce que ce travail mérite. Puisse cette note de lecture détaillée initier la curiosité en ce sens.

Je ne peux achever cette recension qu’en reprenant la dernière phrase d’André Bourguignon18 qui préfaça le premier livre d’Anne Decerf :

« Que le lecteur n’hésite pas à s’y engager, il en reviendra considérablement enrichi ».

Decerf Anne, Aux sources du fonctionnement psychique, Presses universitaires Laval, Québec,1992 et De Boeck, Bruxelles, 1992.

Qui fut le patron de sa thèse : Aux sources du fonctionnement psychique.

Decerf A., (2006) à quoi rêvent les petites flles ? Une nouvelle théorie de la sexualité féminine, Paris, Payot.

Decerf A., Aux sources du fonctionnement psychique, Préface d’André Bourguignon, Les Presses de l’Université Laval et De Boeck, 1992 ; nouvelle édition aux Presses de l’Université laval, 2002.

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