Sandor Ferenczi “Une exigence de sincérité”

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UNE EXIGENCE DE SINCÉRITÉ
Samedi, 9 octobre 2021 – UPC Kortenberg

Découvrez dès à présent, le programme complet ci-dessous :
Dépliant Sandor Ferenczi Colloque 09.10.2021

La Société Belge de Psychanalyse organise son huitième colloque externe en hommage à l’œuvre de Sandor FERENCZI (1873-1933), un des pionniers de la psychanalyse et un de ses théoriciens les plus féconds.

Le psychanalyste Sandor Ferenczi (1873-1933) était exceptionnel dans le sens où il tient, pendant tout le temps de son engagement comme clinicien et théoricien de l’analyse, une place d’exception. Il fut un des membres les plus actifs et les plus novateurs dans la communauté psychanalytique autour de Freud. Il a indiqué les frayages et le chemin de la clinique psychanalytique actuelle. Il voit dans l’efficacité thérapeutique un impératif essentiel de l’éthique psychanalytique. Les difficultés qu’il rencontre dans ses analyses avec des patients qui souffrent de troubles graves de personnalité, l’entraînent à envisager des modifications techniques. Pendant les dernières années de sa carrière professionnelle, il développe une théorie sur le traumatique, le traumatisme et le trauma. Son journal clinique contient des découvertes qui ont été d’une grande valeur pour notre approche analytique.

Lors de ce colloque ouvert, les orateurs et les animateurs des ateliers présenteront les thèmes majeurs de son œuvre et feront le lien avec la clinique contemporaine.


ABSTRACTS ET ARGUMENTS

Dr Arlette Lecoq, Loin de toute orthodoxie. De la passion au divan.
Guidé par ses exigences de sincérité et par la turbulence de ses passions, Sándor Ferenczi ébranlera les limites de la psychanalyse naissante ; homme du XIXème siècle mais moderniste avant la lettre, il va tracer un chemin d’ouverture tant sur le plan clinique que sur le plan théorique que je vais tenter d’esquisser.

Dr Jacques Delaunoy, Métapsychologie et innovations techniques chez Ferenczi.
Animé par le désir de comprendre, mais surtout passionné par celui de soigner, Sándor Ferenczi n’eut de cesse d’explorer la situation et le processus analytique dans tous leurs aspects. S’il comprenait parfaitement la métapsychologie freudienne, il pensait que la technique analytique risquait d’être le parent pauvre de la théorie et qu’elle menaçait de dériver vers une intellectualisation peu profitable pour l’analysant. Pour lui, la séance d’analyse était toujours une expérience émotionnelle qui pouvait faire surgir des zones inexplorées, des souffrances insoupçonnées qui interpelaient la théorie et surtout la position d’un analyste trop sûr de ses référents théoriques et de sa neutralité. Brillant clinicien, il devait découvrir, aux limites de l’analysable de l’époque pour l’analysant comme pour l’analyste, nombre de concepts qui sur le moment lui valurent le reproche « d’enfant terrible de la psychanalyse » mais qui se révélèrent d’une grande fécondité pour la théorie contemporaine. Une passionnante aventure clinique !

Mme Isabelle Lafarge, Un amour de psychanalyste.
La comparaison des idées et des attitudes de Freud et de Ferenczi à l’égard de l’amour fait apparaître des différences significatives. Freud ramène l’amour à la libido, le bonheur au plaisir et le désir à la pulsion, semblant à première vue en négliger les aspects altruistes. Pour Ferenczi, la « bonne foi » est un ferment de la cure. L’erreur technique, l’hypocrisie et la haine de l’analyste, en écho à celles des parents, réactualisent le trauma et il y a lieu de les reconnaître et les interpréter. Nous allons voir comment Ferenczi intègre l’amour dans la cure, notamment à travers le témoignage d’analysants qui ont discrètement porté ce flambeau jusqu’à nous. Aujourd’hui, l’œuvre de Ferenczi est ovationnée, mais gardons en mémoire qu’oser parler d’amour en psychanalyse n’a pas été sans risque et nous allons en examiner quelques-uns.

Dr Christine FranckxLe traumatisme infantile, une confusion de langues historique.
Le dernier écrit de Sándor Ferenczi, Confusion des Langues entre les Adultes et l’Enfant (1932), est d’une valeur inestimable pour la psychanalyse.  Non seulement le texte peut être considéré comme son testament théorique, mais Ferenczi a également provoqué une rupture profonde et douloureuse avec Freud concernant le concept de traumatisme infantile. Il a reformulé les premières réflexions de Freud sur le rôle traumatisant de la séduction réelle, que Freud, pour diverses raisons, ne pouvait pas accepter ou comprendre. Les intuitions révolutionnaires de Ferenczi sur le développement psychique précoce ont cependant jeté les bases de la théorie de la relation d’objet, qui se concentre sur l’importance décisive de la relation initiale et de l’environnement extérieur pour l’organisation psychique de l’infans.

Dr Marc Hebbrecht, Le journal clinique.
Le Journal Clinique de Ferenczi concerne les notes que Ferenczi a écrites entre le 7 janvier 1932 et le 2 octobre 1932, donc une année avant son décès. Ce journal tourne autour de trois grands thèmes principaux : le trauma, l’analyse mutuelle et la critique du dispositif analytique tel que Freud l’a établi. Dans l’exposé, c’est surtout l’importance qu’il accorde à la théorie qui sera élaborée ainsi que les conséquences pour les traitements psychanalytiques actuels des patients qui ont subi des traumatismes.

Après-midi : Les Ateliers

Atelier 1     Mme Sylvie Kockelmeyer et Mme Marie-Thérèse Kastl, Langage de la tendresse et de la passion
Nous devons à Sándor Ferenczi d’avoir réintroduit, non sans résistance de la part de ses pairs et du père de la psychanalyse, les conséquences dévastatrices d’abus sexuels dans la réalité, la pire étant le désaveu, l’affirmation qu’il ne s’est rien passé. Nous revisiterons les élaborations sur la confusion entre tendresse et passion dans la cure. Il sera également question de la répétition des traumatismes au sein des séances menées par un analyste omnipotent. Nous nous pencherons sur l’abandon par les patient.e.s de leur langue maternelle en faveur de celle de leur analyste. Notre atelier nous permettra de partager avec vous cette traversée vers l’actuel.

Atelier 2     Dr Thierry Bastin et Mme Catty Vandeskelde, L’identification à l’agresseur
L’identification à l’agresseur a fait l’objet d’élaborations très différentes d’abord par Ferenczi en 1932 et ensuite par Anna Freud en 1936. Celle de Ferenczi relève d’une forme pathologique et gravement toxique, correspondant à une attaque de l’identité du sujet, à la suite d’un traumatisme majeur.  A. Freud décrit quant à elle un processus de défense servant à maîtriser les angoisses face à des objets extérieurs perçus comme menaçants.  Ce processus est transitoire et finalement structurant. Qu’une identification puisse être aliénante ou structurante dépendrait donc en première approximation de la nature de l’agression, de la place symbolique et affective qu’occupe l’agresseur auprès de l’enfant, et du degré de maturité psychique auquel celui-ci a pu parvenir.  Des illustrations dans différents domaines viendront éclairer ces notions.

Atelier 3     Dr Françoise Labbé et Mme Géraldine Castiau, Réflexions et controverses sur le technique
Sándor Ferenczi, thérapeute acharné et clinicien sensible, n’a cessé de s’interroger sur les nécessités d’articuler pratique et théorie. Dès 1918, confronté à des cas particulièrement difficiles et à des échecs thérapeutiques, il élabore une théorie du traumatisme qui sera suivie de ses nouvelles élaborations au sujet de la technique analytique où il questionne la technique classique freudienne. Même s’il se considère comme un fervent disciple de Freud, il gardera une farouche indépendance témoignant d’un esprit original et créatif. Guidé par son contre-transfert, Ferenczi se livre à différentes expérimentations se succédant sur trois périodes : la technique active (1918-1926), la période de l’élasticité technique (1926-1929) et la période de la néo-catharsis et de l’analyse mutuelle en lien avec ses nouvelles conceptions du traumatisme (1929-1933). Ses recherches nous ont laissé d’importantes traces qui guident encore aujourd’hui nos pratiques cliniques et de formation.

Atelier 4     (en néerlandais) Mme Trui Missinne, Prof. Dr Rudi Vermote et Dr Marc Hebbrecht, Ferenczi, trauma et rêve
Lors de cet atelier néerlandophone, un cas clinique sera présenté. Nous partirons des rêves. Ensuite le groupe discutera le matériel clinique. Les participants pourront faire le lien avec leurs propres patients traumatisés. Les animateurs feront le lien avec l’œuvre de Ferenczi et examineront les conséquences d’une expérience traumatique pour le cadre psychanalytique. Pendant la discussion l’importance de la psychanalyse hongroise pour notre pensée actuelle et l’approche post-kleinienne (Bion) attireront notre attention.

Atelier 5     Mme Muriel Rozenberg et Mme Jacqueline Blockmans, De l’usage du contre-transfert
Bien que ce soit Freud qui ait identifié le contre-transfert, Ferenczi a montré une volonté perpétuelle de l’explorer et de le développer. En s’appuyant sur un profond désir psychothérapeutique, il s’est distingué par la nécessité d’inventer de nouvelles réponses pour comprendre, soigner et atteindre les couches les plus profondes de la psyché. Ferenczi a développé de nouvelles approches plus souples, axées sur la sympathie mutuelle, l’engagement personnel du psychanalyste et l’accueil maternel des souffrances enfouies de ses patients. Si ces techniques ont montré leurs limites, ses recherches ont permis d’interroger et d’ouvrir la pratique psychanalytique à l’importance centrale du contre-transfert dans la rencontre clinique. A partir d’un cas clinique, nous explorerons la mise au travail du contre-transfert et tenterons de comprendre comment les idées pionnières de Ferenczi ont inspiré la psychanalyse contemporaine.

Atelier 6     Mme Monique Licot et Dr Isabelle Maisin, Le traumatisme et ses destins
Le trauma est au cœur de la psychanalyse. Il garde cette place tout au long du développement de l’œuvre de Freud en subissant d’importants remaniements suite aux propositions avancées par Ferenczi. Particulièrement, après le tournant des années 1920, Freud privilégie le point de vue économique et relègue au second plan l’aspect événementiel du trauma. Ferenczi poursuit l’idée de la réalité du trauma et cherche des voies pour l’amener à la remémoration et à l’élaboration. En nous appuyant sur l’œuvre de S. Ferenczi, nous vous proposons, à partir d’exemples issus d’œuvres artistiques et de situations cliniques, d’explorer les différentes formes et destins du traumatisme. Quels sont en effet les devenirs possibles de l’être humain si sa souffrance déborde ses capacités d’élaboration ?