24/10/2018: Le psychodrame psychanalytique comme dispositif de soin et de formation

Séminaire ouvert du mercredi donné par Christophe du Bled, Denis Hirsch et Sylvie Kockelmeyer

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Introduction – C. du Bled

Le psychodrame a été inventé par Jacob Lévy Moreno, médecin viennois qui émigre aux Etats-Unis en 1925, où il fondera une clinique psychiatrique dotée d’un théâtre thérapeutique.

Dès 1950, des psychanalystes d’enfants français (Lebovici, Diatkine, Kestemberg) introduisent la technique psychodramatique, mais en substituant à la catharsis morénienne comme renforcement du Moi un travail d’élaboration de la conflictualité interne du sujet.

Le psychodrame est une forme de psychothérapie qui résulte d’un aménagement du cadre analytique classique, tout en conservant ses principes et objectifs. Il en existe plusieurs variantes, qui seront présentées par chacun des trois orateurs ; toutefois, le psychodrame analytique alternera toujours des moments d’échanges verbaux et des séquences où se jouent des scènes improvisées, la salle étant partagée entre un espace de parole et un espace de jeu.

Dans le jeu, on improvise à partir d’un scénario de départ : tout peut être joué du moment où l’on reste dans le « comme si » ; il s’agit donc moins de théâtre que d’improvisation. Par sa mise en jeu du corps, de l’imaginaire, grâce à la présence de plusieurs thérapeutes psychodramatistes, le psychodrame favorise une meilleure répartition de la charge affective, un accès à des perceptions, fantasmes jusque-là inaccessibles, la figuration de son propre monde psychique que chaque participant pourra possiblement reconnaître aussi chez les autres personnages.

Le psychodrame s’adresse aux patients, non pas tant au regard d’une pathologie spécifique qu’en fonction de leurs difficultés à représenter, à symboliser, à mettre en mots leurs vécus internes. Ceux-ci sont souvent confrontés à des vécus de vide, de sidération de leur pensée ou, à l’inverse, débordés par un manque de contention psychique.

Le dispositif est particulièrement bien adapté aux adolescents, ceux-ci fonctionnant volontiers par l’agir et l’extériorisation des conflits, en s’étayant sur le groupe.

 

Le psychodrame individuel en groupe – S. Kockelmeyer

SK va nous présenter un psychodrame qui ne sera pas repris ici mais dont on peut souligner quelques lignes directrices :

Dans ce dispositif,  on trouve un meneur de jeu et une actrice-thérapeute, face à plusieurs adolescentes ; les participantes sont invitées individuellement à construire une scène et choisir les acteurs parmi le groupe et l’acteur-thérapeute.

SK fait l’hypothèse que le transfert sur le couple de thérapeutes aura permis la mise en mouvement de l’élaboration de leurs conflits œdipiens : les vicissitudes de la sexualité infantile, le fantasme d’exclusion de la scène primitive , les mouvements de rivalité pourront être figurés et élaborés au sein du groupe.

Le groupe devient ainsi un espace contenant et sécurisant, lieu d’étayage pour le narcissisme de chaque participant.

La présence d’un couple de thérapeutes vivants, ayant une personnalité ni trop excitante, ni trop séductrice, couple œdipien « bien tempéré », aura contribué, conclut SK, à la relance de l’adolescence chez ces jeunes patients, de leur vie fantasmatique et son lot de représentations.

 

Le psychodrame de groupe – D. Hirsch

Dans ce dispositif, l’attention se porte à la fois sur chacun des participants et, simultanément, sur ce qui se tisse entre les membres du groupe. Ces groupes seront conduits par deux psychanalystes qui sont garants du cadre. Le scénario du jeu va émerger dans le décours des associations de chacun, jusqu’à l’invention d’une ébauche de scénario. Le jeu émerge lorsque la « polyphonie » des discours et des fantasmes individuels peut se cristalliser en un fantasme organisateur du groupe, un espace psychique groupal. Ce qui est joué sera ensuite repris dans l’aire de parole où chacun pourra s’exprimer à partir de ses associations personnelles ainsi que ses traces corporelles, kinesthésiques, que le jeu aura mobilisées.

Ce dispositif met simultanément au travail l’ici et maintenant des liens dans le groupe et les liens transgénérationnels de chacun. Chaque participant va  jouer  un rôle sous-tendu à la fois par sa problématique singulière et par le fantasme qui organise le groupe.

Le psychodramatiste, qui peut également jouer, tentera par son jeu d’interpréter la position fantasmatique et transférentielle du groupe et des personnages singuliers du jeu.

L’aire de jeu est un espace où émergent des parts de soi et du groupe en attente de forme et de symbolisation. Cette dynamique est liée aux transferts multiples qui se jouent dans le groupe, sous le sceau de la règle fondamentale de l’interdit du toucher, du « comme si », porteuse des interdits fondamentaux de l’inceste et du meurtre. Des achoppements inévitables dans le vif du jeu, va émerger une pulsionnalité qui permet de mobiliser et figurer des zones encryptées, forcloses, clivées.

DH poursuivra son exposé part le récit clinique d’une session de psychodrame où à  partir d’une fantasmatique commune et partagée, il y a eu  un effet de résonance interne, de contagion mutative d’un participant à l’autre ( y compris pour ceux qui n’ont pas joué), alors même que l’histoire de chacun est singulière et unique. . Le psychodrame  procède donc de la synchronie du groupe vers l’histoire personnelle et subjective dans ses dimensions diachroniques et transgénérationnelles.

Comme le dit joliment R. Kaës, « Le psychodrame est aux confins du rêve, de l’acte et du jeu ». C’est pourquoi les jeux de psychodrame laissent toujours une forte empreinte sur chacun du groupe.

 

Le psychodrame individuel – C. du Bled

Dans ce modèle, le patient est accueilli individuellement par le meneur de jeu dans la salle d’attente. Dans la salle du psychodrame, les acteurs-thérapeutes attendent, alignés sur leur chaise, silencieux. Ils sont à la disposition du patient et du meneur de jeu pour les scènes, mais n’interviennent pas en dehors de celles-ci. Là aussi, la salle est séparée en espace de parole / espace de jeu.

Dans ce dispositif, tout peut être joué (souvenirs, fantasmes, …) et il est demandé au patient d’être toujours représenté, soit par lui-même, soit par un acteur-thérapeute.

CdB, à partir de plusieurs séances, va nous montrer les outils dont il dispose comme meneur de jeu pour infléchir et enrichir le jeu psychodramatique : envoyer un nouvel acteur sur la scène, proposer au patient un changement de rôle, envoyer un acteur « en double » (qui pourra endosser des mouvements pulsionnels non exprimés par le patient).

Nous suivons ainsi pas à pas ses interventions dans l’aire de dialogue, leur impact éventuel sur les scènes qui vont suivre. Les moments d’arrêt du jeu sont décidés par le meneur de jeu, scansions souvent porteuses de sens. CdB décrit au plus près les mouvements qui se déploient dans les différentes séquences, les questionnements autour de cette cure.

Rédaction : Camille Montauti

24/10/2018