La possibilité du garçon de Vincent Flamand

Billets culturels Littérature

Partager sur

« La possibilité du garçon » de Vincent Flamand

Le Castor Astral, collection Escales des lettres. 2013.

Vincent Flamand, Verviétois d’origine, nous propose un livre où sont rassemblés deux récits qui ne peuvent laisser indifférents quiconque cherche une écriture vraie, sensible, et puissante dans le soin accordé aux mots pour pénétrer le monde de l’intime.

Deux parties, l’une « Fifoche » dédiée à son père et l’autre à sa mère : « La possibilité du garçon ».

 » J’ai écrit Fifoche, nous dit l’auteur, pour me rapprocher de mon père et  » La possibilité du garçon » pour me séparer de ma mère ». Enfant unique, entre deux parents trop aimants et fragiles, ce fils nous mène aux confins de ses sentiments entremêlés de contradiction. Comment vivre avec eux et comment vivre sans eux ? Dans le deuil de la séparation, il va  » tenter par le pouvoir de l’écriture, de retarder un tant soit peu encore la tristesse des adieux (…) pour pouvoir vivre une autre vie, une vie sans eux. Quoique… »

Le lecteur est invité à pénétrer au coeur de cette famille sous le regard d’un enfant-roi dont le paradoxe de la situation ne lui en offre aucun privilège. La tendresse, la révolte, l’amour, la haine… et l’apaisement sont au rendez-vous et sont servis par une langue sans concession pour aucun et qui touche. Nous assistons ainsi à la lutte quotidienne d’un homme qui tente de l’être.   » …j’étais trop castré pour faire du mâle. » Comment faire avec un père aussi immature et fantasque ?  » Il se comportait souvent comme un enfant abandonné , ou trop gâté. Il n’était pas assez adulte aux yeux de l’homme que je peinais à devenir. » Comment faire avec une mère aussi angoissée et fusionnelle ? « Tes attentes m’ont façonné bien avant les désirs. Tu fus temple de mon besoin, je fus miroir du tien. J’ai été ton infans, cet être sans parole, tout de succion et d’exigences impérieuses. »

 Et pourtant l’homme devenu terminera par cette phrase émouvante « …je peux l’affirmer: donner la vie blessée, c’est quand même donner la vie. »

Livre vibrant de sensibilité et de justesse que l’on a envie de partager tant il convie les sentiments humains dans leur plus grande nudité et complexité.

Je rejoins Armel Job *, dans sa préface, quand il présente son ami Vincent Flamand comme un monstre mais « un monstrum au sens étymologique, un phénomène, une rareté de vérité, de sincérité, de compassion humaine. »

Blandine Faoro-Kreit

________

* Armel Job, écrivain belge, auteur de romans policiers sur nos terroirs. Vaut le détour.

Blandine Faoro-Kreit