Cahiers de Psychologie Clinique

Cahiers de Psychologie Clinique

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Les Cahiers de Psychologie Clinique sont une revue semestrielle interdisciplinaire ouverte à l’expression des diverses approches en psychologie clinique et en psychothérapie. Elle publie des articles cliniques, des articles de recherche, de description et d’évaluation de démarches psychothérapeutiques, de présentation et d’analyse des formations en santé mentale, des notes de lecture. Elle ouvre aussi ses colonnes à l’expression de réflexions sur les problèmes sociaux, éthiques ou politiques liés à l’exercice de la psychologie clinique.

Les Cahiers de Psychologie Clinique sont publiés avec le soutien de la région wallonne et de la Commission communautaire française.

 

Sommaires des deux prochains numéros à paraître:

 

Violence de masse, n°53, à paraître en automne 2019 :

Effondrement des grands empires, guerres mondiales, destructivité sans précédent au cœur de l’Europe : l’histoire tourmentée du XXe siècle dément cruellement l’optimisme des Lumières.

Depuis le début du XXe siècle, en effet, la déshumanisation et la terreur font rage dans le monde. Si le crime généalogique constitue la forme paradigmatique de la destructivité humaine (Legendre, 1990 ; 1990), la haine inextinguible portée par de larges groupes humains contre d’autres, au nom d’une idéologie, prend différents visages.

Génocide, meurtre de masse, disparitions forcées de personnes, torture, exil forcé à large échelle : sur ces réalités socio-politiques, les travaux de René Kaës permettent de porter un regard psychanalytique original. Il s’agit en effet de tragédies signant un profond bouleversement des garants méta-sociaux et méta-psychiques qui constituent le socle de la vie collective. Leur ébranlement affecte en profondeur la vie des groupes et des institutions, ce qui perturbe la psyché individuelle sur plusieurs générations.

Dans ce contexte de violence de masse, les catastrophes sociales et politiques (Puget, Kaës, 1989) entraînent d’innombrables victimes, parmi lesquelles on compte non seulement des adultes de tout âge, mais aussi des adolescents, des enfants et des bébés.

Comment aborder les répercussions groupales et subjectives entraînées par de tels séismes collectifs en mettant l’accent sur leur dimension inconsciente ? En quoi le concept d’alliance psychique éclaire-t-il ces réalités contemporaines ? Peut-on considérer ces tragédies qui fracturent le socle de la vie sociale comme autant de facteurs qui précipitent le remaniement des contrats narcissiques, des pactes dénégatifs et des pactes de déni en commun ? Quelles sont les traces que laissent ces catastrophes collectives dans la réalité psychique des groupes et des sujets ? Enfin, quels sont les dispositifs qui favorisent la prise en charge singulière et groupale des survivants de violence de masse et de leurs descendants ?

Telles sont les questions directrices que nous tenterons d’éclairer au cours de ce numéro des Cahiers de Psychologie clinique.

 

Fictions, n°54, à paraître au printemps 2020 :

Le numéro 54 des Cahiers s’attachera à déployer les dimensions de la fiction telles qu’elles peuvent s’articuler au sens des différentes pratiques et élaborations.

La fiction évoque d’abord la richesse des appuis qui peuvent être trouvés dans les productions littéraires, permettant d’exemplifier, de penser, voire d’ouvrir de nouvelles réalités pour la clinique. Les œuvres contribuent ainsi à permettre une clinique vive, tenue au plus près des dires de nos patients. La poésie, l’écriture, la photographie, le cinéma peuvent, non seulement éclairer, mais aussi produire des dimensions psychiques nouvelles et inciter au déploiement de pratiques à leur hauteur.

Les fictions débordent cependant largement le riche domaine de ces médiations, elles sont inhérentes et constitutives de toutes nos pratiques et théories.

Sont donc bienvenues les contributions décrivant les dispositifs cliniques visant la production de fictions : ateliers d’écriture, psychodrame, productions de récits et narrations, ainsi que toute thérapie, groupale ou individuelle, orientée par la parole et le récit.

Au niveau plus structural, la réalité psychique n’est-elle pas construite de manière subjective à partir de l’expérience, tout en prenant son autonomie pour se constituer en un monde propre, c’est-à-dire une fiction donnant consistance véritable à notre être de sujet ? La fiction s’avère ainsi le lieu même de la vérité qui se tisse et témoigne de la portée réelle de notre existence. La fiction ainsi envisagée ne se limite pas à la simple métaphore d’une supposée réalité extérieure préexistante ; elle advient plus fondamentalement comme une vie plus vraie que les faits positifs. Le grand poète portugais Fernando Pessoa a bien mesuré cet enjeu lorsqu’il déclare s’être consacré à l’écriture poétique et à sa vocation de « fictionneur » absolument, uniquement parce que la vie ne suffit pas et que seul l’acte du « rêver » peut accorder une véritable existence.

Les rapports complexes entre la fiction, la réalité, l’existence et le réel pourront être explorés dans leurs différentes modalités, y compris celle d’une fiction se déployant comme monde symbolique en résonance avec un réel inaccessible, celui-ci constituant la butée ou l’ancrage qui atteste de notre singularité irréductible.

Les fictions permettent également le déploiement de l’imagination et de la créativité, les péripéties de l’amour, la quête de la beauté, ainsi que l’exploration des zones obscures à apprivoiser, l’actualisation des affects extrêmes, à civiliser. Les moments de métamorphose de l’existence, particulièrement lors de l’adolescence, pourraient-ils être traversés sans la production fictionnelle sous ces diverses formes ? L’inscription des enfants dans la culture serait-elle possible sans les fables et les contes, les chansons et les comptines, autant de véhicules par lesquels les puissances symboliques du monde se transmettent ? Sans ces histoires qui se racontent, comment pourrions-nous tisser des liens, trouver la confiance en l’autre et résoudre nos différents ? Comment parviendrions-nous à nous découvrir nous-mêmes, inépuisables ? Rien de plus sérieux dès lors que ces fictions qui nous accompagnent de bout en bout, constituent littéralement notre environnement humain, tressent en secret le fil qui oriente notre existence de bout en bout.

Le monde de la fiction renvoie encore à ce qui se déploie comme efficace au sein de toute relation thérapeutique donnant droit au dire et à l’écriture, avec la dimension de l’interprétation, de la construction et de la preuve par la parole qui fait advenir de manière performative. Et même nos théories, ne se construisent-elles pas comme autant de structure de fictions heuristiques et opérantes, praticables pour entendre et intervenir ?

Évoquons encore cette règle qui veut que tout ce qui est efficace puisse aussi être dangereux. Les fictions n’y manquent pas et peuvent être atteintes de maux divers : efflorescences autorisant tous les égarements, récits crispés pouvant déterminer les passions les plus sauvages, inventions qui blessent ou harcèlent, théories aliénantes, etc. Il est dès lors requis de prendre soin aussi de nos fictions, ces ressources inouïes mais non sans périls.

Voilà, parmi d’autres, quelques explorations possibles des voies et des voix de ces fictions qui tissent notre être et nous animent, nous font souffrir ou nous soignent.

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