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Le Lynx, la Belette et le Campagnol

03.07.2024

ou « Le Chat, la Belette et le petit Lapin » de Jean de La Fontaine, revisité.

Gravure de Martin Marvie d’après Jean-Baptiste Oudry, édition Desaint & Saillant, 1755-1759

La fable compose une scène qui ouvre une voie par laquelle la pensée peut s’échapper de l’impasse.

En voici une inspirée par une douloureuse actualité. Elle prend sa source légère chez Jean de La Fontaine, pour rejoindre Jean Racine dans la tragédie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Chat,_la_Belette_et_le_Petit_Lapin).

 

Du palais d’un Campagnol

Dame Belette, ni niaise ni folle,

S’empara ; elle lui dit ceci :

Avec moi en votre logis,

Adieu misère, adieu soucis,

Juré craché, c’est promis,

Je me fais fort de vous gâter,

Vous protéger d’ennemis jurés.

Le Campagnol vivait avec une grande famille.

Dans un petit monde qui grouille et fourmille

Vit cet animal, avec frères, sœurs et amis,

De sorte que dans le labyrinthe de son terrier

Dame Belette se découvrit un garde-manger,

Croquant de temps à autre, quelques tendres souris.

Dame Belette, aussi jolie soit-elle

Est sans merci, c’est une bête cruelle.

Sournoise, un matin d’automne elle sortit

S’en aller mordre un voisin endormi,

C’était Le grand Lynx installé dans les parages.

Cette présence, pour tous les Campagnols du monde,

Était sans équivoque le pire des outrages.

Bref, il était pour eux, la bête la plus immonde.

La Belette savait que par sa morsure traitresse

Elle réveillerait, c’est sûr, la hargne vengeresse

Du Lynx, plus prompt à bondir et déchiqueter

qu’à réfléchir au moyen de se faire aimer.

Et Maître Lynx furieux se mit à ravager

Les terres du voisin à jamais abhorré.

Au profond du terrier, on était à l’abri.

La Belette le savait, c’est là qu’elle se tapit.

Afin qu’au grand jour, se déploie

La rage du félin encore abasourdi

Et que l’univers en émoi

Se lève révolté et poussant un seul cri

Le condamne pour sa faute,

Belette avait fermé

L’accès d’un sûr terrier

Aux Campagnols ses hôtes.

Ils subissaient ainsi, sur leur terre dévastée

Les assauts Du grand Lynx, soudain écervelé.

Il feignait d’ignorer que le monde l’observe,

A moins qu’il ait pensé : plus haut et plus fort,

Un regard sans nom aujourd’hui me préserve

Des malheurs qu’ici-bas sans avoir aucun tort

Je fus frappé souvent par un monde enclin

A voir alors en moi l’instrument du Malin.

Le monde hurle, il crie à l’assassin,

Il accuse, il menace, mais en vain,

Rien ne calme Le Lynx et dans ce temps,

Mille Campagnols se meurent, petits et grands.

Quant à Dame Belette, heureuse dans son combat,

Elle pointe son nez, ici, ailleurs, et même là-bas,

Elle nargue Maître Lynx aux issues d’un terrier

Dont seule peut-être une fouine pourrait la déloger.

L’histoire telle qu’elle s’écrit dira ce qu’il advint,

La fable n’est jamais l’écriture du devin.

Chacun peut regretter, prédire, imaginer

Ce qui devrait  surgir, ce qui peut apaiser,

Mais les choses se déroulent, de nulle part elles surviennent ;

Qui peut prétendre : ces trajectoires sont les miennes ?

Il n’empêche, décidons ce qui doit être agi,

Et agissons que diable, pour que dès aujourd’hui

Le jeu aveugle et sourd qu’une horrible maîtresse

A ouvert un matin dans une macabre ivresse

Se termine là maintenant : qu’Elle sorte de son trou

Et que Lynx mette un terme à ses plans les plus fous.

Et la morale dans tout ça ?

Qui dit qu’il en faut une, quand l’horreur s’abat ?

Retenons pour le moins de cette fable une leçon :

L’autre n’est pas toujours un être sans raison,

Suivre, aveugle, le chemin que trace l’adversaire

Croire que Thésée toujours vaincra le Minotaure,

C’est la folie d’un homme bien trop sûr, bien trop fier,

Et la  promesse d’une longue morsure du remords.

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Clinique des enveloppes psychiques, Dir. Denis Mellier, 2024

25.06.2024

In Press éditions, 2024

Denis Mellier (directeur),

ont collaboré à ce livre : Rose-Angélique Belot, Mélissa Berthelemy, Michèle Bertrand, Pierre Delion, Bernard Golse, Romuald Jean-Dit-Pannel, Jean-Paul Matot, Denis Mellier, Sylvain Missonnier, Aglaïa-Lila Mitsopoulou-Sonta, Marie Naimi, Sylvie Nezelof, Mathilde Pointurier, René Roussillon, Almudena Sanahuja, Myriam Thiebaud, Cindy Vicente, Alexandra Vidal-Bernard, Xanthie Vlachopoulou, Lauriane Vulliez.

Et donc, si vous aimez les enveloppes psychiques, Denis Mellier nous offre une suite au premier ouvrage collectif publié en 2023 …

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L‘enveloppe psychique. Souffrance, psychopathologie et associativité. Dir. Denis Mellier, 2023

L‘enveloppe psychique. Souffrance, psychopathologie et associativité.

Dir. Denis Mellier

Paris, Dunod, 2023, 235 pages

 

Voici un livre collectif qui répond pleinement à l’attente des professionnels du soin – pas seulement psychique, mais également somatique et social –, ainsi que de chercheurs dans des domaines allant de la biologie à l’économie, de voir des psychanalystes prendre au sérieux les enjeux que présente l’Anthropocène pour la psychanalyse. C’est suffisamment rare encore, en particulier dans le champ de la psychanalyse francophone, pour être remarqué. Prendre au sérieux, c’est-à-dire assumer pleinement le fait que, si la psychanalyse dispose d’un riche terreau de théories très diverses, celui-ci demande à être profondément remis au travail pour être en mesure de contribuer utilement à la grande refondation anthropologique qu’appellent les transformations géophysiques du « système-Terre » dont l’Anthropocène est le nom.

C’est explicitement le propos de Denis Mellier, qui a dirigé la rédaction de cet ouvrage à la suite du colloque international Enveloppes psychiques, nouvelles conceptualisations et évolutions sociétales qu’il avait organisé en novembre 2021 à l’Université de Franche-Comté.

Je ne ferai ici que présenter brièvement un ouvrage qui réalise un effort authentique pour ouvrir, à partir d’un champ conceptuel particulièrement fécond de la psychanalyse,  une réflexion large sur la nature de l’humain, susceptible de soutenir l’émergence de nouvelles formes, non seulement de soin, mais surtout d’existence.

Je soulèverai  ensuite quelques questions, qui orientent mon abord des différentes dimensions de l’ouvrage.

Le titre, tout d’abord : L’enveloppe psychique, au singulier. Mellier est bien au fait que ce dont il est question ici est pluriel, mais le choix du singulier vise à se centrer sur le concept, ce qui le caractérise et le constitue.

Le sujet, ensuite : le concept d’enveloppe vise à aborder la dynamique des processus et l’organisation des fonctions à travers lesquelles l’être humain peut prendre forme sur cet arrière-fond qu’est « l’enveloppe terre ».

L’objectif enfin : face à ce que j’ai appelé le « décontenancement de l’humain », « il devient urgent, écrit Mellier, de considérer, sur la base d’un travail psychanalytique, comment articuler effectivement différents niveaux de détermination, pour un sujet, pour ses liens et pour les ensembles auxquels il participe plus ou moins directement » ; et de soutenir ainsi le travail de « toutes les équipes pluridisciplinaires qui cherchent des solutions face au découragement, à la perte de sens et à l’impuissance ».

Denis Mellier a organisé le livre en trois parties : la première rappelle l’œuvre des trois grands pionniers qui ont donné corps et vie, dans la psychanalyse francophone, au concept d’enveloppe : Didier Anzieu, René Kaës, Didier Houzel. Œuvre ouverte, où, « de manière inattendue » écrit Mellier, « l’enveloppe psychique rassemble des mondes différents qui ont tous pour fonction de rendre possible la vie du sujet ». Une deuxième partie choisit quelques problématiques et dispositifs – sous les plumes de Dominique Mazéas, Christine Anzieu-Premmereur, Magali Ravit, Gilles Amado et Dominique Lhuilier – illustrant la diversité des contextes où le concept d’enveloppe psychique s’avère heuristique. La troisième partie ouvre – avec un article de Jean-Pierre Pinel, récemment décédé, sur les enveloppes institutionnelles – les questions répondant à la nécessité d’une « métapsychologie du troisième type » (Kaës, 2015), que Denis Mellier situe de manière à mon avis très pertinente du côté de l’associativité, dont il souligne, en référence aux travaux de René Roussillon (2009) qu’ « elle est devenue une caractéristique de l’extension de la psychanalyse ».

Mellier cherche ainsi à faire apparaître un « socle commun » permettant d’envisager le très large et mouvant éventail des formes de souffrances qui se manifestent dans la vie des individus, des familles, des groupes, des institutions, des sociétés, des cultures …

Je retrouve certains de mes propres interrogations sous sa plume, lorsqu’il se demande ce « qui fait que certaines souffrances non contenues peuvent trouver successivement ou simultanément différentes formes pathologiques ? Le « soi » d’un sujet peut-il se comprendre comme un agrégat de différentes parties qui réagissent différemment à ces détresses archaïques et qui changent suivant une nouvelle configuration ? ».

D’autres questions viennent évidemment à l’esprit.

Mellier centre son propos, à la suite notamment de Kaës, sur « le maillage très étroit entre corporéité et intersubjectivité », résultant d’un double étayage sur le soma et l’autre – assimilé au socius. Ce dualisme théorique originel ne laisse-t-il pas dans l’ombre un fond commun, non-différencié, informe, auquel, dans la lignée des travaux de Winnicott, repris entre autres par Jacques Press, il me semble important d’accorder une place centrale en tant que telle dans nos réflexions. Ce fond est en effet d’une part ce qui introduit un élargissement de la perspective au vivant terrien dans ses interactions avec les éléments du « système-Terre ». Le situer soit du côté du corporel, soit du côté de l’intersubjectivité, lui ôte l’essentiel de sa pertinence ontologique. Et, d’autre part, méconnaître ce fond, qui à mes yeux alimente tout au long de la vie nos processus de différenciation et de transformations, notamment via les processus transitionnels, risque de nous faire confondre le non-différencié « porteur de vie » avec les zones de confusion  liées aux défenses par dé-différenciation liées à l’échec de certains processus de différenciation (Matot, 2022). La psychanalyse transitionnelle que Didier Anzieu appelait de ses vœux implique une telle distinction.

Parmi d’autres questionnements, deux points me semblent également mériter une attention particulière.

D’une part, l’idée que chaque différenciation suffisamment réussie construit un dedans et un dehors mais également des fonctionnements transitionnels, ni-dedans-ni-dehors. Il me semble intéressant d’envisager ces processus comme relevant toujours d’une co-émergence, et à ce propos, un grand absent dans les références  des auteurs qui ont contribué à l’ouvrage est Gilbert Simondon. Dans ses travaux sur les processus d’individuation, celui-ci insiste non seulement sur l’idée d’une co-émergence de l’individu et de son environnement à partir de ce qu’il appelle le « pré-individuel » (qui me semble relever de la même idée que l’informe winnicottien)- mais également, concernant l’émergence du « transidividuel » – qui peut être assimilé au groupal – il insiste sur l’idée que ce second niveau implique non pas l’individu différencié mais justement le « pré-individuel ».

D’autre part, outre l’associativité, une dimension intéressante des fonctions d’enveloppe me semble être celle de la stabilité, que Mellier évoque à plusieurs reprises. Là encore, les travaux de Simondon, et ses références à la physique au-delà des états d’équilibre sont utiles. En effet, les équilibres du vivant impliquent les concepts de métastabilité et de saturation. Et c’est là que le pluriel des enveloppes intervient : la stabilité du vivant ne peut me semble-t-il se concevoir que comme un processus dynamique entre différentes positions métastables du fait de l’accroissement du désordre au fil du temps, des phénomènes de saturation qui résultent de la répétition, et de la prise en compte de la complexité.

Ce livre nous offre donc une lecture riche et stimulante, dont on peut espérer qu’au-delà d’un renouvellement des réflexions des cercles psychanalytiques, elle contribue à ouvrir des espaces propices à des travaux pluridisciplinaires incluant des psychanalystes.

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Place des symbioses dans le fonctionnement mental et dans les fonctionnements groupaux et sociétaux

Argument en vue de la mise en place de deux séminaires théorico-cliniques en 2025

 

Ce séminaire s’inscrit dans le fil d’une réflexion sur l’entrée de l’Anthropocène dans nos existences individuelles et collectives. Le concept d’anthropocène est défini ici comme mouvement de prise de conscience par les sociétés humaines des bouleversements écosystémiques produits par leurs modes d’organisations politiques, de développements économiques, et de fondements ontologiques.

Les éléments principaux de cette réflexion ont été réunis dans trois livres publiés précédemment – L’Homme décontenancé (2019), Le Soi Disséminé (2020), De l’informe aux configurations psychiques (2022) – ; ils sont repris sous d’autres angles dans un livre à paraître, Eléments de psychanalyse terrienne (2022), qui est construit à partir de deux thèses.

La première, c’est que la psychanalyse, comme méthode de compréhension des mouvements, des souffrances et des ressources psychiques individuel.le.s, a permis, dans les trois premiers quarts du 20è siècle, le développement d’une variété de pratiques et de dispositifs de soins individuels, familiaux, groupaux et institutionnels ; ceux-ci ont généré des modèles du fonctionnement mental dont la plupart ont prolongé, précisé, élargi et enrichi les fondements de la métapsychologie freudienne, et ont également influencé de manière significative l’évolution des valeurs au sein des sociétés occidentales jusqu’aux années 1970. Depuis, la psychanalyse est confrontée à une désaffection progressive qui reflète la distance croissante entre son image et les réalités sociales. Il est intéressant de relever la coïncidence de ce moment charnière avec l’apparition, étouffée par les médias, les opinions et les pouvoirs publics, des premiers travaux « modernes » (rapport « Meadows », livre du psychanalyste Harold Searles) sur ce qui allait progressivement être reconnu d’abord comme « crise », puis comme bouleversement écosystémique global.

Je fais l’hypothèse que cette distance résulte d’un décalage progressif des théories, mais de ce fait également des pratiques, de la psychanalyse, au regard de la fragilisation de rapports à soi et au monde affectés par la difficulté d’intégrer la complexité, dans un contexte de perte de confiance dans la fiabilité et la légitimité des structures politiques et économiques.

La seconde thèse, c’est que, dans le même temps, les avancées des connaissances mais aussi de la pensée critique ont été notables dans la plupart des domaines scientifiques, même si elles peinent à mettre l’humanité sur la voie des changements de paradigmes économiques et démocratiques requis par l’irruption du vivant et des systèmes-Terre dans l’Anthropocène. Ces avancées elles-mêmes font apparaître la nécessité de réunir différents champs de savoirs et d’expériences pour aborder la complexité des enjeux ontologiques auxquels nous confrontent les bouleversements  écosystémiques que les sociétés humaines ont initiés mais qui leur échappent désormais en grande partie.

Mes réflexions interrogent les raisons pour lesquelles la psychanalyse n’a pas développé, au cours du demi-siècle écoulé, et notamment à la suite du livre pionnier de H. Searles (1960), des réflexions utiles à la compréhension de l’impasse dans laquelle l‘humanité était conduite par ses modes d’organisations politiques et économiques ? Les directions dans lesquelles je me suis aventuré font apparaître trois résistances majeures à l’adaptation des théories et des pratiques de la psychanalyse : le postulat d’une réalité psychique, interne, objet de la psychanalyse, distincte d’une réalité matérielle, externe, qui se situerait hors de son champ de pertinence ; la tendance forte à privilégier les oppositions binaires et les fonctions de synthèse, au détriment de la métastabilité des dynamiques multiples ; et la réticence à concevoir le vivant comme jeu entre l’indétermination et les différenciations.

Deux voies d’approfondissement de ces prémisses me semblent s’être précisées, l’une théorico-clinique, l’autre « politique ». Toutes deux me semblent pouvoir être éclairées par ce que nous pourrions appeler « l’hypothèse symbiotique » de la psychanalyse.

Mon livre à paraître introduit cette perspective à partir des travaux de Bleger publiés dans son livre Symbiose et ambiguïté, qui posent les bases d’une théorie symbiotique du développement psychique, des liens groupaux, mais aussi d’une théorie des fonctionnements et organisations sociales. La place des symbioses a été identifiée en biologie dès la fin du 19è siècle, mais n’a été pleinement reconnue comme complémentaire de la sélection adaptative darwinienne dans l’évolution du vivant qu’à la fin du 20è siècle, y compris chez l’humain. Il n’est donc pas sans intérêt de voir dans quelle mesure une théorie du fonctionnement psychique donnant davantage de place aux symbioses pourrait, elle aussi, constituer un nouveau paradigme pour la psychanalyse.

Au niveau d’une théorie de la clinique, l’hypothèse symbiotique propose une voie processuelle nouvelle pouvant rendre compte du passage entre un psychisme non-différencié et les différenciations. Elle permet de remettre les mécanismes de clivage – de même que la projection – à leur juste place, celle d’étapes – ou d’échecs – des transformations/différenciations progressives des symbioses. Dans cette perspective, tout clivage révèlerait la méconnaissance d’une symbiose.

Au niveau « politique », l’hypothèse symbiotique permettrait « l’entrée en politique » de la psychanalyse, en ouvrant une perspective nouvelle sur les processus d’emprise sociale sous-jacents aux oppressions, exploitations, assujettissements, conditionnements, qui viendrait préciser et généraliser, mais en les amendant partiellement, les hypothèses de J. Bleger sur le cadre ou de R. Kaës sur les alliances inconscientes.

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Penser l’inconnu anthropocène : argument, 11 février 2024

11.02.2024

Nous sommes entrés dans une période, volontiers qualifiée d’Anthropocène, de prise de conscience étendue des effets telluriques de l’activité humaine. Le réchauffement climatique, la perte massive de biodiversité, l’épuisement des ressources terriennes, l’accumulation des produits industriels toxiques et des déchets radioactifs, aujourd’hui évidents, vont modifier considérablement l’habitabilité de la Terre tout au long des siècles – sinon des millénaires – à venir.

Les scientifiques ne sont pas tous d’accord quant au point de rupture à partir duquel dater l’émergence de cette puissance tellurique des sociétés humaines (Ellis, 2018) : l’essor de l’agriculture voici dix mille ans, la naissance du capitalisme au tournant du dix-septième siècle, la révolution industrielle et la colonisation européenne au dix-neuvième, ou encore les années 1950 avec l’accélération des innovations scientifiques et technologiques amenant la globalisation du capitalisme financier – privé dans les états démocratiques, d’état dans les régimes totalitaires – imposant le message mensonger d’une croissance économique sans limites. Ce sur quoi les scientifiques s’accordent néanmoins, c’est sur le constat que les transformations radicales du « système-terre » déclenchées par les activités humaines ont échappé à notre contrôle : elles pourront au mieux être limitées par de profonds changements sociaux, mais leurs effets – dont certains largement imprévisibles – se marqueront pendant plusieurs centaines de milliers d’années, voire plusieurs millions d’années pour ce qui concerne la biodiversité.

Les transformations survenues lors de ces étapes d’installation de l’Anthropocène se sont accompagnés d’une expansion des visions « naturalistes » de l’Humain, pensé comme séparé par la culture (incluant la technologie) du reste du vivant terrien, au détriment des ontologies – animistes, totémiques, analogiques –  qui envisagent de manières plus métissées les frontières des groupes humains. Cette rupture du lien existentiel entre humain et terrien, en partie du fait de l’accroissement de l’épaisseur, de la densité et de l’opacité des enveloppes technologiques dont les sociétés industrielles se sont entourées, a produit un aveuglement et une méconnaissance de l’étroite dépendance de l’humanité à l’égard de l’ensemble du vivant et du non-vivant qui assure la viabilité de la planète. Nous nous sommes placés dans la situation du nouveau-né humain, entièrement dépendant pour sa survie des soins de l’adulte, et entièrement ignorant de cette dépendance (ce que D.W. Winnicott a qualifié de situation de double dépendance).

Notre ère de changements climatiques majeurs – à l’égard desquels l’année 2018 a marqué un nouveau tournant relevé par les analystes des écosystèmes (Bourg, 2021) -, implique une double prise de conscience : l’humanité est devenue le premier facteur de changement géo-climatique, mais, ce faisant, elle a aussi perdu le contrôle sur les transformations qu’elle a initiées ; celles-ci se poursuivront au cours des siècles et des millénaires à venir. La marge d’action qui nous reste implique des choix majeurs en termes de développement économique, de répartition des richesses, de manières d’habiter la Terre, de vivre-ensemble – non pas seulement entre humains, mais entre tous les règnes du vivant, dans ce grand mélange dont la biologie moderne explore aujourd’hui les entrelacements qui complexifient la perspective darwinienne. Les sociétés humaines de demain auront à gérer et tenter d’anticiper l’aggravation ou l’atténuation des impacts qu’elles auront sur le vivant. Cet inconnu de l’Anthropocène constitue cependant en lui-même un important facteur de résistance au changement : il génère en effet des défenses drastiques par le déni, l’agrippement aux habitudes et aux croyances, le repli identitaire, la recherche de boucs émissaires et le rejet de l’étranger et du différent, la croyance aveugle dans l’omnipotence des technologies humaines. D’autre part, l’inconnu anthropocène contient aussi les devenirs possibles d’une humanité différente, dès lors que d’autres paradigmes ontologiques et/ou d’autres épistémologies permettraient de transformer la nature même des relations au sein du vivant. Comme l’écrit Morizot (2023, p.124), « la pensée de l’écologie dont nous avons besoin aujourd’hui a une responsabilité en matière de créativité conceptuelle à l’égard du monde à faire ».

La manière dont l’humanité va s’adapter à ces transformations est à l’évidence incertaine. Selon une lecture pessimiste, la destructivité plus ou moins assumée des idéologies productivistes et consuméristes, qu’elles soient celles du capitalisme financier mondialisé ou des puissances impérialistes totalitaires, ne reculera pas sans livrer bataille. Dès lors, les forces démocratiques pourront-elles se structurer et se coordonner suffisamment pour mener cette guerre terrienne, dont on n’imagine pas qu’elle dure moins de deux ou trois générations, en acceptant le prix de souffrances et de sacrifices qu’implique toute guerre, mais à l’échelle planétaire ? De manière plus tranquille, il est possible de relever que les voies de la résistance et de l’émergence d’une adaptation progrédiente de l’humanité ont commencé à se manifester un peu partout sur la planète, y compris en Occident, sur deux plans encore insuffisamment connectés : le plan des pratiques sociales, avec des aménagements, pour l’heure minoritaires et marginaux, de nos manières de vivre ; et le plan des idées et des concepts permettant de penser ces pratiques dans le cadre d’une nouvelle ontologie et d’une forme moins théorique d’universalité.

La psychanalyse peut-elle apporter des contributions à ce projet à la fois démesuré et indispensable ? Je ne parle pas ici des citoyens que sont les praticiens du soin se référant aux concepts de la psychanalyse, et qui à ce titre peuvent, comme tout un chacun, participer selon ses idées et ses moyens à cette transformation radicale des sociétés. J’envisage plutôt, d’une part, la remise au travail de la pensée psychanalytique, en tant que domaine de savoir et de réflexion sur l’Humain, afin qu’elle ouvre des perspectives heuristiques sur les grands enjeux de l’Anthropocène ; et, d’autre part, la manière dont l’implication des professionnels inspirés par la psychanalyse peut soutenir au quotidien des pratiques sociales qui remettent le lien, la solidarité, la créativité, au cœur des collectifs et des réseaux.

Nous espérons que le site Psy.Kanal pourra contribuer à explorer ces deux questions.

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Des fresques de Giotto aux visions métapsychologiques, 11 février 2024

Padoue, automne 2023. La Chapelle Scrovegni. Les fresques de Giotto se déploient sur trois niveaux, sur les deux longueurs de la chapelle ; il faut suivre ce déroulement, à partir de l’arc triomphal, de gauche à droite en commençant par le niveau le plus élevé du mur de droite, puis poursuivre la narration sur le mur opposé, pour passer ensuite, à partir de l’arc, à l’étage du dessous selon le même circuit, et arriver enfin en bas à droite où se termine l’histoire de Jésus.

https://youtu.be/nEvhS9BRtuA?feature=shared

Tout commence avec Dieu le Père mandatant Gabriel. L’histoire terrestre, tirée des Evangiles apocryphes et transcrite dans la Légende Dorée du dominicain Jacques de Voragine à la fin du XIIIè siècle, commence avec Joachim, le grand-père maternel de Jésus, chassé du temple par un prêtre alors qu’il vient offrir un agneau : Joachim est âgé, et la stérilité de son couple est considérée comme le signe d’une malédiction divine.

 

Les scènes suivantes déroulent la retraite de Joachim dans le désert, la prière qu’Anne adresse à Dieu qui lui répond, le rêve de Joachim où l’ange lui annonce sa paternité à venir, et enfin le baiser des vieux amants devant la Porte Dorée.

 

 

 

L’histoire de Marie est représentée par six scènes du mur de gauche, depuis la Nativité de la Vierge jusqu’à son retour à Nazareth : entretemps, chaque célibataire de la tribu de Judas a remis au prêtre une verge, dont la floraison miraculeuse désignera l’époux de Marie : une colombe divine se pose sur le bâton du vieux Joseph (qui ressemble assez à Joachim) où a fleuri un lys.

L’Annonciation occupe l’arc triomphal, et nous mène, en passant par la Visitation, vers les cinq scènes de l’enfance de Jésus sur le mur de droite, se poursuivant par cinq scènes de sa vie adulte, jusqu’à la Trahison de Judas sur l’arc triomphal, qui ouvre le dernier cycle de la Passion du Christ, depuis la Cène jusqu’à la Pentecôte.

En dessous de ces trois niveaux générationnels, les allégories des Vices et des Vertus mènent vers le Jugement Dernier qui occupe le mur de l’entrée principale. Les Bienheureux se présentent en bon ordre à la droite de Dieu, en rangs respectueux ; à sa gauche, les damnés sont emportés pêle-mêle par un fleuve de feu vers l’Enfer…

La narration à la fois organisée et fluide de Giotto, qui se développe sur trois générations humaines dans la continuité de l’œuvre divine, réunissant le Ciel et la Terre, est comme enveloppée par la simplicité de l’architecture entièrement dédiée au service de la représentation, et par la dominante bleue, s’étendant de la voûte étoilée pour constituer l’arrière-fond de la majorité des fresques (seules trois ou quatre d’entre elles figurent des scènes d’intérieur).

J’associe la magie de ce bleu, où s’origine l’ambiance lumineuse si particulière et inspirante de la chapelle, à l’informe qui, dans ma vision du psychisme, est le « milieu » phorique et nourricier d’où émergent les différenciations et la possibilité même d’une représentation formelle. Dans le modèle métapsychologique sur lequel je travaille, l’informe, l’indéterminé, l’indifférencié, le pré-individuel (ces quatre termes ne se recouvrent pas exactement, mais cette imprécision suffit pour le moment) constituent la matrice originelle du vivant. L’accumulation et la répétition des expériences sensorielles prénatales puis postnatales au sein de l‘unité primaire bébé-environnement produit des ébauches de schèmes sensori-moteurs associés à des vécus émotionnels primitifs, schèmes dont l’association ou l’opposition font apparaître des zones plus organisées, des courants plus fluides et des gradients de saturation, qui dessinent des ébauches de différenciations formelles.

Giotto donne aux scènes des Evangiles une évidence, une assurance, une réalité qui établissent un fil narratif sans contrainte, laissant à chacune une profondeur et une temporalité qui leur confèrent une existence propre, sans entraver leur intégration dans un récit. La cohérence de l’ensemble me semble au contraire résulter de la force de chaque scène prise individuellement, et les tonalités de leurs associations, de leurs oppositions, des rappels qui les unissent, des mouvements affectifs qui les caractérisent, soutiennent des dynamiques et dessinent des mouvements d’où émane une grande vitalité générale de l’œuvre. L’émergence successive, à partir du fond non-différencié, de différenciations dedans/dehors permet d’organiser la complexité croissante d’appréhension de l’expérience. D’emblée, ces processus permettent d’accéder à une certaine consistance et récurrence d’un premier sentiment de soi (le sens de soi émergent de D. Stern, 1985). C’est la fluidité du passage d’une configuration à l’autre – ou plutôt d’un ensemble de configurations à un autre – qui constitue et soutient la continuité de notre sentiment d’exister. Cette continuité n’est donc pas liée à une instance unitaire, le « moi » de la psychanalyse freudienne : elle résulte de la fluidité des passages continuels entre une pluralité de « configurations psychiques[1] ».

Dans les fresque de Giotto, si les artefacts humains – temple, chambres, murailles, portes – encadrent une majorité de scènes, les représentations des mondes minéraux, végétaux et animaux  se concentrent dans certaines séquences narratives mais sont totalement absentes dans d’autres : très présents dans l’histoire d’Anne et Joachim, presque absents dans l’histoire de Marie, ils réapparaissent dans l’enfance de Jésus pour disparaître à nouveau dans le cycle de la Passion.

Enfin, dans la partie inférieure du Jugement Dernier, le contraste est frappant entre les Bienheureux qui forment un groupe homogène assez peu différencié – notamment de par leur tenue vestimentaire – mais contenu dans un calme confiant, et les Damnés qui sont précipités isolément dans la Nuit infernale pour finir en amas de cadavres indifférenciés aux pieds de Lucifer. Cette opposition me fait penser à la distinction qui me paraît essentielle, dans le registre de l’indifférenciation, entre ce qui relève du non-différencié porteur de vie, l’informe winnicottien, et ce qui est de l’ordre de la dé-différenciation cicatricielle, chaotique, résultant de l’échec d’un processus de différenciation.

[1] Dans ce modèle « polytopique », chaque configuration psychique est donc constituée par l’association d’un ensemble de schèmes fonctionnels et d’expériences émotionnelles, exerçant une fonction d’ « attracteur » et déterminant un niveau de différenciation dedans/dehors couplé à des fonctionnements transitionnels spécifiques qui opèrent la jonction symbiotique dedans-dehors indispensable à la vitalité psychique.

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Anatomie d’une chute : commentaire 8 février 2024

10.02.2024

Film de Justine Triet (2023) , avec Sandra Hûller (dans le rôle de Sandra), Antoine Reinartz (dans le rôle de Samuel, compagnon de Sandra) , Milo Machado Graner (dans le rôle de leur fils malvoyant de 11 ans Daniel), Swan Arlaud (dans le rôle de l’avocat Vincent Renzi) et Snoop le chien de Daniel.

Palme d’Or du Festival de Cannes 2023 et nombreuses autres récompenses.

 

La « chute » du film de Justine Triet se décline pertinemment sur plusieurs couches qu’elle nous fait découvrir progressivement dans un suspens maintenu jusqu’à la fin du film.

La première couche est celle qui est visible et qui constituera la trame des investigations judiciaires tout au long du film : c’est la chute physique de Samuel du haut de son chalet (situé dans la région de Maurienne en Savoie et où le couple s’est retiré en quittant sa vie active et universitaire à Londres pour se consacrer à l’écriture), chute que personne n’a vu mais déduite par la vue de son corps gisant mort sur le sol devant le chalet tel qu’il a été découvert par Daniel de retour de sa promenade avec Snoop.

La deuxième couche de la « chute » est celle du couple, dont certaines de discordes ont été enregistrées et sont décortiquées tout au long du procès qui suit et où Sandra est présente dans le statut d’inculpée d’assassinat. Les flash-backs qui se font durant le procès montrent la « chute du couple » ; on y voit les éléments qui ont alimenté leur lien et leur projet de quitter leur vie à Londres pour se retirer dans ce chalet de montagne, ainsi que ceux de leur vie familiale avec leur fils Daniel et leur projets réciproques d’écriture de romans. On assiste à ce qui pousse peu à peu le couple à sa « chute » à travers les « j’accuse » de Samuel à l’égard de Sandra lui reprochant d’imposer ses choix à leur vie commune et, surtout, de lui avoir pillé le thème de son dernier roman pour l’intégrer dans celui à elle qui est devenu un succès comme certains autres de ses romans auparavant. Ce « j’accuse » contre Sandra vient doubler celui du tribunal. Celui-ci accumule, par experts interposés, des « preuves » de sa culpabilité. On voit même le psychiatre de Samuel témoigner à la barre confirmant péremptoirement la bonne santé mentale de Samuel à qui il donnait des antidépresseurs et avec lequel il aurait fait un travail psychanalytique !

Le rôle de l’avocat est finement joué tant dans le démontage des différentes « preuves » de experts à charge contre Sandra et, surtout, pour permettre aux juges, et au spectateur, de percevoir la troisième couche de la « chute » de Samuel, « chute » qui est probablement la seule vraie et à l’origine de deux précédentes : il s’agirait de la « chute » à l’intérieur de soi ne pouvant plus se tenir en vie du fait de la mort des idéaux de soi-même. Triet joue ici finement une partition psychanalytique sur le sujet de la faillite narcissique : Samuel a quitté son poste de Professeur à l’université de Londres pour se consacrer, en retrait dans ce chalet de montagne, à quelque chose de plus important (narcissiquement) pour lui : devenir écrivain de romans et aller ainsi vers la célébrité. L’avocat amène au Tribunal les refus de quatre éditeurs pour publier le manuscrit de Samuel, refus reçus peu avant sa mort par sa « chute » physique du 3e étage de son chalet. La « chute » avait donc eu lieu en lui par rapport à ses grandes attentes narcissiques qui , une fois déchues, son Soi n’était plus aimé par lui-même. Les reproches à l’égard de sa compagne de lui avoir pillé le thème de son roman peuvent ainsi être comprises comme une dernière tentative de tourner la violence contre elle au lieu que celle-ci se tourne contre lui-même. Le fait que celle-ci lui manifeste son amour ne lui laisse aucune chance de détournement de cette violence.

Triet joue une dernière partition psychologique fine à travers le rôle qu’elle fait jouer à Daniel tant au milieu des conflits de ses parents que dans son rôle de témoin devant le tribunal où son témoignage est décisif : va-t-il donner des éléments pour que sa mère soit reconnue comme meurtrière, avec comme conséquence de la perdre en tant que mère après avoir perdu son père, ou pour qu’elle soit innocenter ? Les expérimentations que Samuel fait avec son chien Snoop montrent qu’il suit son propre raisonnement cherchant les causes et pas les preuves de la mort de son père. Son témoignage, vers la fin du film, devant les juges va être décisif !

Un film à voir absolument car il maintient le suspense jusqu’au bout. Un film où Triet se révèle avoir une connaissance profonde du psychisme humain.

 

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Musique, improvisation et incertitude (Paris sur Seine, en bateau-mouche) 31 octobre 2023

Cet article reprend la causerie musicale par laquelle Bernard Golse, en tant que président de l’Association européenne de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, a animé la soirée de gala du congrès qui s’est tenu à Paris fin septembre 2023. Il avait emmené avec lui deux comparses, Benoît Quirot qui a été son interne en pédopsychiatrie et est maintenant responsable d’une unité de périnatalité très réputée à Montreuil, dans l’est parisien ; et Noël Morrow, chef opérateur son. Deux métiers qui, chacun à leur manière, font travailler l’oreille !

Tous les deux vivent à Montreuil, ils sont amis, et ils jouent ensemble, de temps à autre pour le plaisir, depuis quelques années (il y avait au début un troisième larron saxophoniste mais qui s’est envolé dans le sud de la France).

Après un temps d’improvisation en duo qui exprimait la charge d’incertitude inhérente à l’aventure musicale, Bernard nous a proposé une improvisation sur le thème du jeu du pianiste au regard de l’incertitude, dont voici le texte original.

Le jeu du pianiste au regard de l’incertitude

La musique occupe depuis toujours une grande place dans ma vie (« The rest is noise » selon Alex Ross), mais ce soir je voudrais seulement vous dire trois choses concernant le jeu du pianiste dans la perspective du thème de notre congrès – à savoir l’incertitude – et ceci en lien avec nos repères psychopathologiques habituels :

La question de la main droite et la main gauche tout d’abord

La question de l’incertitude de l’interprétation ensuite

Les différents types de pianiste enfin (à savoir le pianiste de concert, le pianiste de studio et le pianiste d’ambiance)

J’illustrerai ces propos par quelques exemples au piano : non pas dans l’idée de jouer au sens habituel du terme mais plutôt dans l’idée de vous faire sentir ce que je veux vous expliquer.

 

  1. Le jeu du pianiste au regard des identifications intracorporelles décrites par G. Haag

 

Dans son article désormais classique, La mère et le bébé dans les deux moitiés du corps[1] », G. Haag définit ce qu’elle appelle les « identifications intracorporelles » (IIC) qui correspondent à une différenciation fonctionnelle et psychique des deux hémicorps, l’hémicorps gauche représentant le plus souvent le bébé tandis que l’hémicorps droit représenterait plus souvent la fonction maternelle (on sait que quand le bébé dans les moments de creux interactifs prend son pouce gauche dans sa main droite, il psychodramatise en quelque sorte, il figure dans son corps et dans son comportement le bébé/pouce gauche bien contenu dans le holding maternel/main droite).

Le problème du pianiste est alors le suivant : généralement, c’est la main gauche qui donne le cadre rythmique et harmonique qui renvoie plutôt aux fonctions de l’adulte alors que c’est la main droite qui joue le plus souvent le chant et la ligne mélodique qui renvoient plutôt aux vocalises du bébé.

Il y a donc une sorte d’inversion des IIC et de ce fait une sorte de dialogue improvisé interne même lorsque l’on joue une partition déjà écrite.

Arthur Rubinstein – dans le film « L’amour de la vie » que Gérard Patris et François Reichenbach, lui ont consacré et qui est sorti en 1969 – préconisait d’introduire un petit décalage entre le toucher de la main droite et le toucher de la main gauche (sans en abuser pour éviter toute préciosité) afin, disait-il, de faire mieux ressortir le son du chant (main droite).

En lien avec la problématique des IIC évoquée ci-dessus, on peut aussi penser que ce petit décalage vaut comme une figuration de l’incertitude des interactions précoces mère/bébé que D.N. Stern décrivait d’ailleurs quant à lui comme une véritable improvisation.

Si l’on tient compte de l’inversion des deux hémicorps dont je viens de parler (la main droite représentant le bébé pour le pianiste, et la main gauche l’adulte), alors cette avance minuscule de la main droite sur la main gauche signifierait que c’est peut-être le bébé qui mène la danse des interactions…

Il y a d’ailleurs là une vraie question : Qui mène la danse ?

La question est délicate mais elle vaut la peine d’être posée et c’est à cette question que tentent au fond de répondre, à mon sens, les travaux les plus récents de Colwyn Trevarthen.

En tout état de cause, il y a place ici pour une certaine incertitude

(variation sur Chostakovitch)

 

  1. Un mot maintenant sur l’incertitude de l’interprétation

 

Martial Solal (grand pianiste de jazz) disait qu’improviser c’était au fond avoir le sentiment de se tromper tout le temps et de se rattraper sans cesse On pourrait dire de même à propos des interactions mère/bébé qui valent comme une sorte d’improvisation, d’incertitude et donc d’ajustements permanents comme les a évoqués Mario Speranza ce matin.

Dans les deux cas, se pose ainsi la question des schèmes préconçus au sens des préconceptions de W.R. Bion : les interactions improvisées suivent-elles cependant des patterns pré-organisés ?

Cela étant, l’incertitude de l’interprétation (qu’il s’agisse d’improvisation ou non) tient aussi à l’impact à double sens de l’œuvre sur le public et du public sur le musicien.

Le processus de transmission se joue en effet à double sens dans l’art comme dans le développement et ceci qu’on pense les choses en termes d’attachement ou d’accordage affectif.

L’émotion partagée entre l’interprète et le public traduit donc cette question commune dont évidemment la réponse demeure totalement incertaine et bien évidemment différente lors de chaque exécution de l’œuvre musicale.

 

Par exemple ce soir, en fonction de ce que je suis et de ce que je ressens de vous, même si je ne sais pas tous qui vous êtes précisément, je ne jouerai pas exactement la même chose que devant d’autres publics.

 

  1. Pour conclure, je voudrais maintenant évoquer différentes postures de pianistes : celle du pianiste de concert (piano classique ou piano-jazz), celle du pianiste de studio et celle du pianiste d’ambiance ou de piano-bar enfin

 

Le pianiste de concert comme le celui de piano-jazz jouent pour un public et souhaitent être écoutés par celui-ci alors que le pianiste d’ambiance joue pour un environnement plus ou moins vague en souhaitant seulement être entendu plutôt que véritablement écouté

Le pianiste de concert s’adresse donc à un objet plus ou moins précis (le public) alors que le pianiste d’ambiance s’adresse à un pré-objet groupal (les gens qui dînent, les gens qui passent) et il fonctionne surtout au niveau des liens et de la weness.

 

Mais il y a une autre posture qui est celle du pianiste de studio

À ce sujet, je voudrais brièvement évoquer le cas de Glenn Gould.

Beaucoup de choses ont été dites sur la personnalité et les « îlots autistiques » de Gould et sur ce revirement de 1964 après lequel Gould ne jouera plus jamais en concert mais seulement en studio d’enregistrement.

Personnellement[2], j’ai essayé de montrer que ce tournant de 1964 valait peut-être comme une tentative de Gould de se replier sur le vécu des affects au niveau personnel en refusant le partage des émotions avec le public.

Si le public gênait Glenn Gould par sa présence même et par ses moments d’attention défaillante, c’est le partage d’émotions avec le public qui lui posait le problème principal (+++)

Affects et émotions … ce n’est pas la même chose !

L’affect renvoie au registre de l’être et au sujet, l’émotion renvoie au registre de l’existence et à la relation sujet/objet

On sait que vouloir plaire au tiers en tant qu’objet précis est la garantie d’une mauvaise qualité de la création artistique et de l’interprétation musicale en particulier.

On ne crée et on ne joue jamais que pour soi.

Est-ce à dire que comme le rêve, la musique serait de nature autistique ?

Je laisse la question ouverte …

Mais ce retrait de 1964 signifiait peut-être aussi – si ce n’est surtout – une lutte de Gould contre l’incertitude.

Se sentir être ne tient qu’à soi et est beaucoup moins incertain que se sentir exister qui passe inéluctablement par le rôle de l’autre et c’est en cela que, me semble-t-il, la décision de Gould de ne plus jouer qu’en studio d’enregistrement vise au fond à une tentative d’exclusion de toute incertitude.

Dans son livre intitulé « Gould, piano solo », Michel Schneider[3] nous dit que les mains de Gould appartenaient au fond plus au piano qu’à lui-même et que tout se passait comme s’il voulait que rien ne s’interpose, pas même le piano, entre lui et la musique … et encore moins le public !

Cela étant, évacuer l’incertitude liée à la présence de l’autre ne supprime pas ipso facto l’incertitude du lien avec soi-même et du lien avec l’œuvre comme en témoignent les 10 minutes d’écart entre les 2 enregistrements mythiques des Variations Goldberg par Glenn Gould : 1955 (41 minutes) et 1981 (51 minutes) !

Chassez l’incertitude par la porte … elle reviendra par la fenêtre.

 

Et il y a enfin la posture du pianiste d’ambiance ou piano-bar (qs)

Souvent dévalorisée, c’est une posture qui personnellement me plait infiniment même si l’on parle parfois de musique de patinoire ou d’ascenseur …

Être entendu sans être écouté, c’est faire une place non pas à l’imprécision du jeu mais à l’incertitude du partage émotionnel

Ce que je vous demande alors maintenant, c’est donc un petit exercice : vous allez reprendre votre dîner, vous allez reprendre les cliquetis de vos couverts, vous allez reprendre vos conversations, et moi, je vais jouer quelques minutes dans cette posture du pianiste d’ambiance.

Ceci me fera infiniment plaisir !

Ce que je vous demande au fond, c’est de m’entendre sans m’écouter.

Être écouté sans être entendu est une catastrophe pour nos patients, mais être entendu sans être écouté est le rêve du pianiste d’ambiance !

Girl from Ipanema … Les feuilles mortes … Un p’tit village … Improvisatio …

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L’art pour que les chambres d’écho ne soient pas des chambres sourdes, 7 octobre 2023

Nous sommes tous les miroirs et les chambres d’écho les uns des autres,[1]écrivez-vous, chère Siri Hustvedt. C’est dans nos corps que s’origine et se vérifie cette résonance. Tant en psychanalyse qu’en art, la chambre éveille la rêverie de l’intime, l’imaginaire des espaces où se vit une relation à soi, à autrui.

En écho à l’analyse lente, méditative, toujours inachevée que vous faites dans ‘Les mystères du rectangle’ de ‘La Dame au collier de perles’ peinte par Vermeer, me vient d’emblée à l’esprit ‘La femme en bleu lisant une lettre’.

Elle est enceinte. Le haut de son corps se découpe sur une figuration non discernable des eaux de la Frise. Sa matrice est marquée d’un nœud à la hauteur de son nombril. Une barre en bois sépare l’ensemble en deux espaces que relie la lettre qu’elle tient entre les mains. Son vêtement frémit de mouvements multiples. Est-elle affectée par ce que lui écrit un absent?[2] Sont-ce les mouvements de l’enfant en son sein qui partage son émoi? Ce  dialogue muet à plusieurs donne tout son poids aux choses: le coffret sur la table, les livres, le collier de perles. Il ombre de vibrations confuses la clarté que reflète le mur blanc. La densité habitée de cette chambre manifeste que quelque chose a lieu, elle fait résonner ce que vous appelez la chambre d’écho de l’antique piscine.[3] Elle réveille les traces de la première configuration d’un territoire à l’intérieur d’un espace plus vaste, celles de notre séjour dans l’espace utérin en résonance avec le vécu maternel et le monde extérieur: Je me dis soudain que ma mère était pour moi un lieu autant qu’une personne. (…) c’était en ma mère elle-même que je me sentais à la maison. Il n’y a pas de vie sans un sol, sans un sentiment de l’espace qui n’est pas seulement extérieur mais intérieur aussi – des lieux mentaux.[4]

Le visage de ma mère, ses mains, son contact et sa voix ont résonné en moi toute ma vie et sont devenus des éléments d’un legs que j’ai apporté à ma fille, un héritage, qui est comme une musique dans mon corps, un savoir tacite donné et reçu au fil du temps.[5]

Une connivence est inscrite en ces lieux mentaux. Vestige précieux qui tisse souterrainement mais activement, en deçà des formules explicatives et des surfaces symboliques toujours insuffisantes[6], un fond d’entente en nous et entre nous. [7]

Vous aimez les installations des Cellules de Louise Bourgeois parce qu’elles nous offrent un accès enchanté à ces topos fragiles où se mêlent mémoire et fantasme.[8]

Dans vos romans vous imaginez des chambres plus petites avec, dedans, des personnages minuscules et d’autres un peu plus grands. Récits muets qui nous entraînent vers ces lieux étranges et cachés en nous que sont les chambres d’enfant[9]: Aucune ne racontait clairement une histoire. Elles étaient toutes aussi troubles que les rêves[10], pourvues de petites fenêtres à barreaux.

Dans le corps elles[11] font résonner l’attrait des lieux interdits et l’envie d’aller voir ce qu’il y a là-dedans.[12] Chaque ‘’histoire’’ était éclairée de l’intérieur, afin de créer une lumière ‘’inquiétante’’.[13]

Les Chambres de suffocation figurent deux grands mannequins rembourrés, une malle et un personnage en cire assez glaçant qui pourrait être tombé d’une autre galaxie.[14]

L’art nous reconnecte aux affects et aux représentations de jadis.

Me revient en mémoire le cabinet de Freud où il vivait entouré de livres et d’œuvres d’art. Menacé par le nazisme, il n’a accepté de quitter Vienne qu’assuré par Marie Bonaparte qu’il serait reconstitué à Londres. Honneur aux lettres et aux arts!

Freud serait-il Freud s’il n’avait pas lu Sophocle, Shakespeare, Dostoïevski et Zweig, Schnitzler, Rolland avec lesquels il a correspondu? Il n’a cessé lui-même de s’impliquer dans une écriture adressée dans le transfert à Fliess d’abord, à nous aujourd’hui, livrant ses rêves, son histoire, sa recherche. Autant de traits qui distinguent ses écrits de la “littérature scientifique” et permettent de leur reconnaître un “espace littéraire”[15], récompensé par le Prix Goethe quelques années avant l’autodafé de ses livres.

En exposant dans l’intimité de son bureau l’art qu’il aimait, il mettait ses analysants en présence d’objets imprégnés des traces d’une autre conscience vivante. Ses statuettes, témoins d’un passé enfoui, lui donnaient-elles à entendre dans la parole de ses patients l’écho de l’Histoire de l’humanité? Lui permettaient-elles de faire venir à la parole ce qui était jusque-là enfoui dans le silence? En les donnant à voir à ses analysants, il leur offrait une part de lui-même et en inscrivant analyste et analysant dans une communauté de regard, il favorisait l’alliance thérapeutique.

Dans la chambre obscure de notre ciné-séminaire, la communauté de regard fait partie du dispositif. Sans commentaire préalable, nous commençons par regarder ensemble le film choisi par l’un de nous. Attitude à priori de nous laisser faire par le choix d’un autre et de penser à partir de ce qui est vu, entendu, éprouvé. Après la projection, celui qui a préparé la séance partage pourquoi il a choisi ce film, les séquences qui l’ont marqué, sa découverte du réalisateur et surtout la rencontre de son inconscient que le film mobilise.

Le travail sur le film ‘’La chambre verte’’ de François Truffaut à partir de ’’L’autel des morts’’  de Henry James, a été l’occasion de rencontres transversales, également avec vous qui écrivez: J’ai vécu pendant des années en compagnie des personnages et des récits de James, et ils ne me quittent pas. Ils font désormais partie de ce que je suis.[16]

Henry James savait qu’il était d’une difficulté déchirante de saisir dans les mots le flux de l’expérience, de résoudre l’énigme des sentiments et des actes humains, mais telle était précisément son ambition et moi, l’une de ses fidèles lectrices, je l’aime à cause de cela.[17] Une passion que vous partagez avec André Green qui considère que James lui est devenu indissociable’[18] et avec Winnicott qui reconnaît que la lecture de ses œuvres durant son service militaire dans la Royal Navy à bord du Lucifer, lui a permis d’aiguiser sa pénétration des patients dont il allait s’occuper. James affirmait : L’art favorise l’extension de la vie, c’est le plus beau cadeau du roman. [19]

 

Et nous, pourquoi présentons-nous une œuvre d’art sur l’affiche d’annonce de notre colloque?[20] Ce palimpseste laisse entrevoir des éléments d’une écriture initiale effacée et vient nous solliciter par les vibrations de sa couleur en des résonances trans-subjectives. Cette femme qui tourne intensément son regard vers nous, semble nous convoquer comme chambre d’écho d’une blessure qui ne peut se dire que si un lieu s’offre pour la recueillir. Quand la chambre est sans voix, l’art peut rendre possible un dire sur le trauma.

Je me souviens de vous, cher analysant. Quand vous êtes venu me voir, vous traversiez la vie sur la pointe des pieds de peur de provoquer une catastrophe, figé dans une immobilité intérieure et l’impossibilité de ressentir. Une œuvre d’art – Guernica  de Picasso – hantait vos rêves. Vous me parliez de ces bouches ouvertes sans cris, de ces larmes qui ne coulent pas, de l’épée brisée … et puis de ces yeux qui vous regardent, à la fois de face et de profil, tellement humains mais si démultipliés… et de ces langues pointues de rage parce que les guerres font rage … Lesquelles, vous ai-je demandé ? Peu à peu vous avez constitué un récit grâce au tableau que Picasso a peint en réaction à la barbarie du bombardement de Guernica et à l’horreur de toutes les guerres. Les bras levés de la femme m’ont rappelé Tres de Mayo de Goya mais aussi votre récit, chère Siri Hustvedt, si bouleversant de sincérité dans ‘La femme qui tremble’. Votre façon de vous dire tout simplement force l’empathie du lecteur, l’amitié de celui qui se retrouve dans le miroir que vous lui tendez. A partir de votre propre expérience vous écrivez dans ‘Elégie pour un Américain’ que nous avons tous des fantômes en nous, et que c’est mieux s’ils parlent que s’ils restent muets.[21]

Les artistes nous aident à incorporer dans nos histoires ce qui s’y inscrit des traumas de l’Histoire et nous obligent à ne pas être des chambres sourdes.

Dans votre beau texte Yonder, entre ici et là, vous exprimez combien vous avez été une chambre d’hôte pour des livres et des fictions qui ne font pas moins partie de vous qu’une grande partie de votre propre histoire.[22] Tant de personnages de romans se déploient en vous: J’aime depuis l’enfance L’Alice de Lewis Carroll. Elle peut n’avoir été au début que des mots sur une page, aujourd’hui elle habite ma vie intérieure (…) où elle continue à grandir et à rapetisser, et à se demander qui elle peut bien être.[23]

En inventant une histoire, vous ouvrez une place au lecteur anonyme. En la livrant, vous permettez qu’une part de vous-même vienne s’inscrire dans la vie d’un autre et qu’elle résonne en lui en des échos à la fois singuliers et inédits. J’aime à vous citer: La lecture est une activité intérieure. C’est le terrain intime où, comme le dit mon mari, « deux consciences se touchent ». Deux inconscients aussi, ajouterais-je.[24]

En vous lisant le lecteur est transformé. Vos fictions provoquent l’imagination à se laisser aller, enrichissent la sensibilité, éveillent des associations inattendues, exhument des éléments primitifs et ignorés. En écrivant vous êtes, vous aussi, altérée. Car c’’est avec une soif d’être au plus près de votre vérité que vous allez vers l’écriture: J’ai peur d’écrire parce que quand j’écris je vais toujours vers le non-exprimé, le dangereux, l’endroit où les murs ne tiennent pas. Je ne sais ce qui s’y trouve, mais je suis attirée.[25]

Il y a dans l’acte créateur une mise en déséquilibre qui est nécessaire, un appel vers autre chose. Lecteur et écrivain, analysant et analyste font face chacun à une mise en question personnelle qui les conduit à acquérir tous deux une dimension nouvelle.

Par leur caractère dialogique l’art et la psychanalyse induisent et réactualisent les effets des rencontres qui nous constituent. Tous nous sommes nés dans la trans-subjectivité[26] d’une résonance brumeuse, émotionnelle et sensuelle.[27] C’est ce qui fait, je crois, que j’ai été tellement saisie par ce petit tableau de Zurbarán. Une rose déposée délicatement sur le bord d’une soucoupe en argent, reliée à ce qui en miroir se reflète d’elle, et déployant ses pétales comme des antennes alentours. Une tasse en porcelaine, stablement posée dans le creux de la même coupe, retenant en ses bords l’eau recueillie, ouvrant ses anses en deux arabesques offertes. Entre elles une circulation impossible à dire mais qui donne à éprouver le vivant du monde. Cette chambre d’écho n’exprime-t-elle pas ce qui dans le transfert et dans la cure permet de faire de chacun un peu l’artiste de lui-même?

 

 

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Conférences 2021-2022 : L’informe et la symbolisation, approches plurielles

09.12.2022

Argument : Ce cycle de conférences propose d’explorer les modalités hétérogènes des processus de symbolisation en alternant des réflexions sur la création artistique et des ouvertures théoriques dans le champ de la philosophie et de la psychanalyse qui mettent l’accent sur l’indifférencié, l’indéterminé, le chaos. Il prolonge ainsi, en élargissant la perspective, les séminaires des années précédentes sur l’informe et les topiques du Soi-disséminé et des configurations psychiques ; ces approches entendent contribuer, par des échanges pluridisciplinaires, à reconsidérer certains paradigmes scientifiques pour mieux prendre en compte la complexité du phénomène humain, éclairer le décontenancement actuel et penser de nouveaux fondements pour approcher les bouleversements écosystémiques.

8 octobre 2021 : Le soi disséminé et l’inconscient non représenté. Approche de différentes dimensions

Rudi Vermote, psychiatre, ancien président de la Société belge de psychanalyse, professeur honoraire de psychiatrie à l’Université Leuven, auteur de Reading Bion, Routledge, 2020

 

14 janvier 2022 : Psychanalyse et constructivisme : depuis Hume, avec Deleuze et Guattari

Pascal Nottet, philosophe, membre du Questionnement Psychanalytique, ancien responsable clinique à Parhélie, auteur de Qu’est-ce que la psychanalyse ? avec Deleuze et depuis Hume, EME Éditions, Louvain-la-Neuve, 2020

 

11 février 2022 : Ambiance et temporalité: ambiance du passé, du présent et du futur

Bruce Bégout, professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux, auteur de : Le concept d’ambiance, Le Seuil, 2020

 

11 mars 2022 : Ecrire dans l’antre de la création

Stéphane Lambert, écrivain, auteur d’essais sur Monet (2008), Rothko (2011), de Staël (2014), Caspar David Friedrich (2016), Goya (2019), Spilliaert (2020), Klee (2021)

 

13 mai 2022 : Penser, analyser, rêver en complexité

Benoît Virole, psychanalyste, docteur en psychopathologie et docteur en sciences du langage, auteur d’essais aux interfaces de la psychanalyse, des sciences cognitives et des sciences de la complexité (Catastrophes de l’inconscient, Baghera, 2019)

 

10 juin 2022 :Les voix intérieures chez le compositeur Frederic Rzewski

Stéphane Ginsburgh, pianiste, philosophe

 

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