Le concept de symbiose apparaît en biologie à la fin du 19è siècle avec les travaux sur les lichens montrant qu’il ne s’agit pas d’organismes uniques mais de l’association d’un fungus (mycobionte) et d’une algue (photobionte), leur permettant de se développer là où ils n’auraient pu survivre seuls. Cette découverte fut violemment combattue, car elle mettait à mal la théorie darwinienne de l’évolution par divergence, ouvrant la possibilité d’une convergence d’espèces auparavant séparées.
Un siècle plus tard, la biologiste Lynn Margulis émet l’hypothèse d’une place centrale des symbioses dans l’origine et l’évolution du vivant. Son manuscrit est refusé 15 fois avant de passer la censure éditoriale. La confirmation de ses hypothèses sur les endosymbioses arrive quelques années plus tard lorsque de nouvelles techniques d’analyse génétique permirent de démontrer que les mitochondries et les chloroplastes – les usines énergétiques du vivant – avaient un jour été des bactéries autonomes. La théorie endosymbiotique vient ainsi compléter la théorie darwinienne, en insérant un circuit « court » de l’évolution qui passe à la fois par le transfert horizontal de gènes et par les symbioses, notamment entre les champignons mycorhiziens et la grande majorité (90%) des plantes.
La place déterminante des symbioses dans le développement de la vie sur Terre, évidente lors de ces grandes étapes, ne se limite cependant pas à l’établissement des conditions de l’évolution des espèces. Elle se maintient comme principe fondamental du fonctionnement du vivant, à tous les niveaux évolutifs, où la biologie met en évidence l’omniprésence des réseaux complexes d’interactions, mettant en relation bactéries, fungi, plantes, nématodes, insectes, et enfin mammifères, en ce compris les humains, dans des espaces tantôt disjoints, contigus, entrelacés, imbriqués, ou confondus.
Dans le champ psychanalytique, l’apparition du concept de symbiose remonte aux années 1960 avec les travaux de Bleger en Argentine, de Mahler et de Searles aux Etats-Unis. D’emblée très associé aux cliniques des pathologies psychotiques, il a cependant ouvert des perspectives relatives aux débuts non-différenciés de la vie psychique, à la place des fonctionnements fusionnels normaux et pathologiques dans les dynamiques psychiques individuelles et groupales tout au long de la vie, mais également à des conceptions nouvelles du cadre et de la technique psychanalytique. En Italie, où l’influence des travaux de Bion, des Baranger mais aussi de Kohut est importante, le concept de fusionnalité, préféré à celui de symbiose trop associé aux psychoses, a été travaillé de manière approfondie dans les années 1980-1990 et repris en 2018-2019. Dans d’autres pays, notamment en France, où le concept de symbiose est le plus souvent resté associé aux pathologies les plus lourdes, c’est autour des concepts d’archaïque et d’originaire que se retrouvent des travaux et des théorisations qui « sans la nommer nous parlent d’elle ». Les concepts d’informe et de transitionnel de Winnicott entretiennent également une grande proximité avec l’idée d’une fusionnalité qui serait non seulement aux sources de la vie psychique, mais assurerait tout au long de l’existence des fonctions essentielles. Enfin, les travaux sur les processus psychiques groupaux approchent ces dynamiques où dedans et dehors, non-différencié et différencié, parts de soi et parts de l’autre, se mêlent et se transforment, ouvrant ainsi la question de la place d’une perspective fusionnelle-symbiotique dans la compréhension de l’abord des problématiques sociales de ce siècle : la disjonction mortelle entre l’humain et son « milieu », la destruction des alliances multiples du vivant, la perte de la régulation des espaces, des temporalités et des économies entre habitation et appropriation, communication et emprise, développement et destruction.
Ce numéro 89 de la revue belge de psychanalyse espère susciter, autour des notions de symbiose et de fusionnalité, des contributions qui permettent de confronter des points de vue sans nécessairement les opposer, de faire se rencontrer des disciplines qui n’ont pas l’habitude de dialoguer, de découvrir des convergences inattendues et, pourquoi pas, de se laisser surprendre par un souffle poétique ou un éclat de lumière.
La publication de ce numéro 89 se fera à l’automne 2026.
Les articles sont attendus pour la date limite du 15 juin 2026. Vous trouverez sur le site de l’APRP (Association pour les Publications et la Recherche Psychanalytique) commun avec celui de la SBP, les recommandations aux auteurs.
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