LA FLÛTE ENCHANTÉE, mise en scène par Romeo Castellucci

Podiumkunsten

Delen op

Je ne suis pas musicologue, ni musicienne mais j’ai eu envie de mettre en mots mes impressions et mes émotions face à ce spectacle très controversé de la Flûte Enchantée. Ce n’est pas vraiment « la Flûte » qu’on voit, mais une version écourtée dans une chronologie un peu différente, à laquelle se rajoutent des scènes avec des textes récités, écrits par la sœur de Castellucci. Même si on s’y attend après avoir lu les critiques, on est déçu de ne pas retrouver la magie et la beauté de ce conte.

Cet opéra se déroule en deux parties à dessein très contrastées.

La première partie est très belle, très froide, toute en blanc et en neige ; les personnages évoluent en costumes d’époque derrière un voile comme des ombres chinoises fantomatiques qu’on a du mal à identifier ; les tableaux superbes se succèdent comme un rêve qui se déroule, avec cette musique magnifique qui nous entoure. Chaque scène est dédoublée de manière symétrique, il y a deux Tamino, deux Papageno, deux Pamina, deux Papagena.

Après l’entracte, le contraste est saisissant. On se retrouve devant un décor terne et sinistre qui évoque la salle d’attente un peu délabrée et sale d’un bâtiment administratif au temps du communisme. A l’avant-plan arrivent des femmes aveugles et des hommes grands-brûlés qui, entre les morceaux de chant, nous racontent à tour de rôle leur histoire extrêmement traumatique ; c’est à la fois effractant et bouleversant, comme la scène dans laquelle les femmes touchent sans le voir le corps dénudé et mutilé des hommes. Après le rêve, on est heurté de plein fouet par la violence et l’injustice de la vie ; l’enchantement est stoppé net. Même la musique semble s’effacer. Est-ce cela qu’a voulu montrer le metteur en scène, la souffrance terrible derrière la beauté, la réalité crue et dure sous le rêve ? La souffrance de Mozart au moment où il a écrit cet opéra ? Ou s’agit-il de la métaphore d’hommes qui se sont trop approchés du feu et de femmes plongées dans une nuit éternelle ?

De toute façon, cette mise en scène me parait un exercice maladroit et laborieux, dont je ne vois pas en plus le lien avec l’esprit de cet opéra de Mozart ; les textes récités sont plats et peu élaborés. Cette représentation me fait penser à une équation symbolique sans l’épaisseur des transformations en lien avec le processus de la création artistique ou encore à un rêve traumatique imprégné de la réalité crue. Dans Orphée et Eurydice déjà, Castellucci avait fait le choix de montrer en vidéo la descente aux enfers, dans la réalité, d’une jeune femme enfermée dans un « locked-in syndrome » ; à la fin de l’opéra, il a introduit une scène imaginaire, un tableau magnifique laissant voir ce qu’aurait pu être cet opéra traité sur un autre mode.

Bref, de mon point de vue, une interprétation de de la Flûte Enchantée particulière, très personnelle, qui ne me parle pas et une mise en scène un peu ratée.

Marie-Paule Durieux