Clivage et refoulement

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Pour introduire leur propos, Anne Englert et Denis Hirsch présentent deux extraits du film « Pas de Printemps pour Marnie » (Hitchcock, 1964) . Ils illustrent en effet les débuts de la psychanalyse, où il est question de rendre conscient ce qui est refoulé, de dévoiler le sens de symptômes jusque là incompréhensibles, et par la récupération du souvenir dégagé de sa charge traumatique de parvenir à la guérison.

Dans le second extrait visionné, nous voyons l’héroïne, Marnie, qui, redevenue une enfant, dans un état de régression, revit une scène traumatique du passé qui va permettre d’expliquer ses phobies et sa terreur vis-à-vis de la sexualité.

Le refoulement

Dès 1895, nous rappelle Anne Englert, le refoulement décrit par Freud est associé à la décou-verte de l’Inconscient. A partir de ses cures auprès de patientes hystériques, Freud va poser l’hypothèse que l’étiologie des névroses est due à un traumatisme sexuel vécu dans l’enfance. Il développe progressivement le premier modèle théorique, appelé première topique, avec l’inconscient – le préconscient – le conscient, et le premier modèle du rêve comme réalisation du désir inconscient qu’il va s’agir de « décoder » et d’interpréter (ce qui est montré dans la première scène du film, où Marnie raconte un cauchemar à son mari).

Freud abandonnera progressivement l’hypnose et la catharsis pour la cure classique avec l’association libre et l’analyse du transfert.

Le refoulement est l’opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations, pensées, liées à une pulsion, dans le cas où la satisfaction de celle-ci est susceptible de procurer par ailleurs du déplaisir à l’égard d’autres exigences.

Le refoulement est associé à la création de l’inconscient, précise AE ; il ne peut donc pas être seulement considéré comme une défense.

AE précise qu’en psychanalyse on différencie l’enfance et l’infantile. L’enfance, ce sont les moments vécus. L’infantile, c’est le sens que l’enfant donne à ces évènements pour les inté-grer, comment il va construire ses théories du monde. L’enfant interprète les situations en fonction de lui, comme s’il en était à l’origine et/ou en fonction des mouvements pulsionnels dominants du moment.

Le refoulement ne concerne pas l’affect mais la représentation ; c’est un mouvement dyna-mique constant ,mais inconscient ; on pourra cependant reconnaître « les rejetons du refoulé » à travers les rêves, les lapsus, les actes manqués, etc.

AE reprend Le Guen, qui distingue les refoulements primaires antérieurs à la conflictualité œdipienne (orale, anale, phallique), des refoulements secondaires pris dans la dynamique des retours du refoulé (rêves, etc.).

Le refoulement est un mécanisme de défense normal de la psyché, poursuit AE, nécessaire au développement, et permet un travail de transformation .

Mais lorsque les événements sont restés trop traumatiques, ils tentent de se représenter à nou-veau comme des fantômes qui vont hanter le présent, n’ayant pu trouver une digne sépulture.

Cependant, souligne AE pour introduire la notion de clivage que va présenter Denis Hisch, le refoulement ne peut à lui seul comprendre ce qui peut échapper à la conscience.

Le moi, le clivage du Moi

Pour aborder le concept de clivage, évoquer les phénomènes dissociatifs qui peuvent être éprouvés dans des situations traumatiques extrêmes, Denis Hirsch fait la lecture d’un texte de Charlotte Delbo, résistante déportée à Auschwitz. Celle-ci décrit avec une clarté saisissante comment le clivage a été pour elle une méthode ultime pour pouvoir survivre. Elle parle no-tamment de sa mémoire clivée entre une mémoire intellectuelle et une mémoire profonde (qu’elle peut retrouver dans ses rêves), et déclarant à propos de son vécu : « tout en sachant que c’est véridique, je ne sais pas si c’est vrai ».

Le clivage au Moi

Anne Englert va poursuivre en reprenant la notion de clivage au Moi décrite par R. Roussillon, processus par lequel le Moi tient hors de lui certains aspects de son expérience, où le sujet se retire d’une partie de lui-même. Le principe de survie est placé sous le signe de la coupure des éléments perceptifs et sensoriels de l’expérience traumatique.

Mais cette « mise en oubli » favorise le retour du clivé, sans que le sujet puisse établir des liens, les traces n’ayant pu être transformées et intégrées par le Moi.

Face à ces « terres étrangères » au Moi conscient, il est important que notre écoute soit élargie à ces traces perceptives, éprouvés sensoriels, voire somatiques, ou hallucinations dans certains cas.Un travail de reconstruction de ce qui aurait pu être vécu dans le passé est alors nécessaire. AE nous présente, pour étayer ce propos, le cas d’un de ses patients avec lequel une communication très primitive s’est établie, témoignant d’éprouvés contre-transférentiels quasi hallucinatoires, qui ont permis ce travail de reconstruction et un relatif dégagement dans la thérapie.

AE termine son exposé en posant la question suivante : quand est il opportun pour l’analyste de chercher à rassembler les parts clivées, certains patients viendraient demander plutôt à ren-forcer leur clivage, pour que la part qui les rend « fou » ne prenne pas le dessus. C’est des questions complexes, à réfléchir pour chaque situation clinique.

En dernière partie, Denis Hirsch (DH) va continuer la réflexion autour du clivage.

Le Moi, le clivage normal et le clivage pathologique

DH rappelle que le refoulement et le clivage sont deux mécanismes inconscients, tous deux de nature à la fois structurante et défensive.

Quand, dans les années 1920, Freud introduit la deuxième topique, le Moi devient une ins-tance en grande partie inconsciente, impliquant un Moi clivé, qui va amener la constitution du Surmoi.

Face à ces différentes instances psychiques, le Moi doit pouvoir faire la synthèse pour per-mettre une bonne intégration de l’identité, une liberté d’identifications et d’investissements.

Par contre, face à un trauma, le Moi, soumis aux débordements des pulsions brutes, aura re-cours à une défense plus drastique : le clivage défensif ou pathologique. Le clivage est donc à la fois effet du trauma et défense contre le trauma.

Le clivage pathologique implique la coexistence de deux attitudes à l’endroit de la réalité, l’une tenant compte de cette réalité, l’autre la déniant pour une réalité fantasmée.

Le clivage normal est un clivage conscient témoignant d’un conflit interne, de notre ambiva-lence : il élargit notre vie psychique. A l’opposé, le clivage pathologique reste hors du champ de la conscience : c’est le fameux « je sais bien, mais quand même » du fétichiste. Sous l’effet d’une réalité intolérable, le sujet se divise d’avec lui-même, il y a clivage intra narcissique avec déchirure du tissu du Moi.

Pour permettre donc au sujet de survivre, plusieurs mécanismes inconscients seront à l’œuvre : identification projective, déni, forclusion, hallucination négative, etc.

A partir d’une vignette chimique, DH montre que le transfert également peut être clivé, té-moignant de son intensité comme de sa passion haineuse.

Selon G. Bayle, on peut distinguer deux formes de clivage :

– les clivages fonctionnels, temporaires, qui protègent le Moi en mettant à distance les repré-sentations trop dangereuses ;

– les clivages structurels, beaucoup plus invalidants, face à une béance narcissique, en lien avec un trauma impossible à symboliser.

G. Bayle fait l’hypothèse que ces clivages sont transmis par des clivages que l’on trouve chez les parents, en lien avec une honte, un secret trans-générationnel. L’enfant n’a d’autre choix que de s’identifier à cette défense du parent, qui alors le lie incestuellement, au prix de l’impossibilité de se séparer psychiquement.

Pour conclure, DH réinsiste sur la notion de défense de survie du clivage, et donc sur la nécessité de ne pas intervenir de façon sauvage sur celui-ci. Il évoque l’intérêt des pratiques thérapeutiques qui utilisent justement le clivage fonctionnel, comme le psychodrame psycha-nalytique ou les prises en charge bi- ou tri-focales, permettant la diffraction des parties clivées du Moi du patient et de son transfert sur plusieurs thérapeutes.

Anne Englert et Denis Hirsch

17/04/2017

Seminaire tenu par Anne Englert et Denis Hirsch