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Argument

La question de la réalité occupe une place très importante dans l’édification de la psychanalyse. Dès l’ « Esquisse d’une psychologie scientifique » (1895), Freud « place le rapport à la réalité au cœur de ses élaborations, tant cliniques que théoriques » (Le Guen1, 2008, p.1271). L’abandon de la théorie de la séduction survient lorsque Freud doit admettre que « dans l’inconscient n’existe aucun indice de réalité » (lettre à Fliess du 21.9.1897). Un an et demi plus tard, il écrit : « Réalité – accomplissement de souhait, c’est de ces opposés que jaillit notre vie psychique » (lettre à Fliess du 19.2.1899).

Toute l’œuvre de Freud contribue à installer la réalité psychique dans le champ de la connaissance, mais cette installation se fait en la différenciant et en l’adossant à une réalité « extérieure », une « réalité des faits ». Freud, qui, comme il l’écrit à quelques reprises, souscrit à l’idée kantienne que le réel, « das Ding an sich », la chose en soi, la réalité en elle-même, tout comme l’inconscient, est inconnaissable, ne travaille cependant pas le paradoxe de poser la réalité externe comme un fait  sans chercher à en préciser la nature (Delaunoy2, 1989).

Dans son texte de 1932, Freud fonde précisément sur la question de la réalité « externe » son choix d’inscrire la psychanalyse au sein d’une Weltanschauung scientifique, la science étant à ses yeux  « notre meilleur espoir pour l’avenir » car elle « aspire à atteindre une concordance avec la réalité, c’est-à-dire à ce qui existe en dehors de nous, indépendamment de nous … Cette coïncidence avec le monde extérieur réel, nous l’appelons vérité » (Freud3, 1932).

Cette question de la réalité « extérieure » a été relativement peu travaillée comme telle par les psychanalystes, alors même que la dialectique qu’elle autorise, à travers l’opposition-complémentarité dedans/dehors, est d’autant plus centrale que l’attention des cliniciens s’éloigne des névroses pour s’étendre vers les pathologies narcissiques-identitaires et les psychoses.

Aujourd’hui, le développement des identités et des existences numériques, la complexification des différenciations de genre, voire parent/enfant, demain, les relations de plus en plus étroites que l’Homme entretiendra avec les machines « intelligentes », mais aussi les développements de la génomique et la reproduction non sexuée de l’humain, ne nous contraignent-ils pas à faire une place dans nos conceptions et nos théories de l’humain à ce qui de la réalité « externe » doit pouvoir être pleinement reconnu comme psychique pour pouvoir être approprié subjectivement par les êtres humains ?

1 Le Guen Claude (2008), Dictionnaire freudien ; Paris, PUF
Delaunoy J. (1989) : La construction de la réalité ; Revue belge de psychanalyse, 14 : 15-27
3 Freud S. (1932) : Nouvelles conférences sur la psychanalyse ; Paris, Gallimard, 1984