Notes de lecture

van Dyk, Annie

2005-10-01

Notes de lecture

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Hans et le cheval, voilà de quoi attirer l’attention d’une psychanalyste. Vinciane Despret m’était connue pour l’avoir entendue à plusieurs reprises. Psychologue et philosophe, Vinciane Despret est un esprit scientifique et qui plus est ne manque pas d’humour comme en témoigne également ce livre.

Au début du 20ème siècle, un groupe hétérogène constitué d’un instituteur, d’aristocrates, de militaires, d’un vétérinaire et d’un psychologue se réunit pour vérifier et surtout tenter de comprendre un cheval – Hans donc – capable d’effectuer des additions, des soustractions en donnant ses réponses par des coups de sabot sur le sol. Un cheval doté d’une intelligence conceptuelle ? Nombre d’expériences et d’essais sont effectués pour deviner pourquoi Hans réussit et surtout pourquoi parfois il se trompe. S’agit-il de supercherie ? pire, de télépathie ?

A l’époque, on ne pouvait accepter ni l’hypothèse d’intelligence chez l’animal, encore moins celle de l’existence de pouvoirs paranormaux. La psychologie expérimentale à ce moment exige que les techniques scientifiques répondent à certains critères que V. Despret explicite de manière éclairante. Sans entrer dans ces détails que vous pourrez lire, le résultat est qu’on découvre que Hans a appris à détecter par des moyens sensoriels imperceptibles pour nous, ce qu’on attend de lui, quand il doit taper avec son sabot et quand il doit s’arrêter. Ce qui le dirige ce sont d’imperceptibles mouvements du corps du questionneur ! On a donc cru étudier le cheval alors qu’en fait on en arrive à étudier l’homme qui sans le savoir a influencé Hans. Le corps du questionneur travaille à l’insu de sa conscience et le détecteur c’est Hans !

Je pourrais continuer tant ceci est intéressant mais je vais en rester là sauf à questionner le lien entre ce qui est explicité là et l’évolution de la psychanalyse depuis l’attitude objectivante de mise en lumière de la névrose infantile dans la cure puis de la prise en compte du transfert jusqu’aux développements actuels de la dimension transféro-contretransferentielle, poussée aussi loin que dans les conceptions de A. Ferro et Ogden. Qu’est-ce qu’on analyse ?

Des phrases comme celle-ci donne à réfléchir : «  d’une certaine manière, on pourrait même dire que finalement le cheval sait parfaitement compter : il ne compte simplement pas exactement la même chose que les humains ou plutôt il compte de manière tout aussi fiable la même chose mais dans un autre registre, à partir d’éléments mesurables auxquels lui-même est sensible » (p. 57).

Je voudrais encore dire un mot du dernier chapitre intitulé « clever Pfungst » du nom du chercheur qui a fait toute l’étude à l’époque. Après avoir compris comment Hans était « intelligent » il tente l’expérience de « faire le cheval » c’est-à-dire d’apprendre comme celui-ci à lire les signaux sur le corps des humains. Cela a marché ! donc quand on est devenu sensible à certaines communications on est capable de les percevoir chez d’autres. N’est-ce pas le but de l’analyse de formation ?

Il y a bien d’autres choses intéressantes dans ce livre outre l’aspect historique du développement de la psychologie expérimentale, une quantité de questions sur l’incidence du dispositif, des théories implicites de l’expérimentateur, j’ai été séduite aussi par le déroulement de la pensée de l’auteur dont nous pouvons en tant qu’analyste tirer une série de réflexions sur l’impact de notre dispositif sur le travail avec les patients.

V. Despret reprend la notion d’accordage de D. Stern en conclusion de toute cette histoire et je citerai un passage pour terminer :

« on ne sait plus qui, du cheval ou de l’humain induit chez l’autre ses mouvements ; on ne sait plus, dans ces agencements, comment les anticipations de l’un actualisent les anticipations de l’autre. L’intelligence indépendante fait décidément pauvre figure par rapport aux compétences qui se déploient : une intelligence à deux, impliquant des corps, des attentions à l’autre ; des désirs et des volontés, des consciences capables de se cliver, de se délocaliser, des lisières de conscience qui font agir de manière plus efficace » (p. 131).


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